Il faut sauver le soldat Maroc

Enquête Point de vue décembre 2018

Il faut sauver le soldat Maroc

Le Maroc bouillonne. La grogne sociale va crescendo depuis le milieu de la décennie 2000. Le nombre de protestations a été multiplié par 26 en 5 ans, de 2005 à 2010. A Bouizakarne, Zagoura, Guelmim, Imider, Jerada ou encore Al Hoceima…, un peu partout dans ce beau pays, les tensions ont monté d’un cran. Les inégalités criantes ont jeté de l’huile sur le feu. La cherté de la vie et ses nouvelles exigences conjuguées à la stagnation des salaires ont donné lieu à un effritement du pouvoir d’achat, et par ricochet une paupérisation de la classe moyenne. A ce tableau s’ajoute la montée du consumérisme et de l’individualisme que nourrit le libéralisme. Alors que le roi Hassan II attirait l’attention sur une crise cardiaque du Maroc dès 1995, deux décennies plus tard, nous sommes de retour à la case de départ. Les disparités s’accentuent. La société se disloque et le politique n’a pas de vision du projet social que devrait embrasser le pays. Sauf que le développement ne peut être assis que sur un esprit de solidarité et un projet social. Goethe disait: «Quoi que l’homme entreprenne et fasse, l’individu ne se suffit pas, la société reste le suprême besoin de tout homme de valeur». Cet éclatement que connaissent les différentes couches de la société marocaine rend difficile la création d’un récit national et d’un projet de société fédérateurs basés sur la redistribution équitable des richesses. Le recours à l’approche sécuritaire, qui a toujours constitué l’instinct premier face aux tensions sociales, n’arrange rien. La crise cardiaque semble toujours nous guetter.