Le «Hirag»

Enquête Point de vue novembre 2018

Le «Hirag»

Qui parmi nous n’a dans son entourage quelqu’un qui prépare un projet migratoire ou qui est parti récemment? Pour beaucoup, c’est le Canada, ce nouvel Eldorado «migrant-friendly». D’autres ont été débauchés ou sont en train de l’être par des «headhunters» internationaux. Les plus téméraires décident de reprendre leurs études, même en milieu de carrière, ou alors partent réaliser un vieux rêve de voyage à travers le monde en mode «roots»… On est loin de l’ambiance du début des années 2000 où il y avait un engouement pour rentrer «servir le pays». Aujourd’hui, un seul mot d’ordre: fuir le plus loin possible. Même des retraités ou préretraités cherchent à quitter le pays en essayant de convaincre leurs enfants de tout plaquer et d’emmener leurs conjoints et petits-enfants dans ce rêve migratoire. Tout ce beau monde tient plus ou moins la même rengaine: la peur d’un avenir de plus en plus opaque, une situation politique verrouillée, une qualité de vie dégradée, un coût de la vie aux standards européens impossible à suivre dans des villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, une insécurité croissante, l’incivisme qui s’ensauvage, une Hogra banalisée, la faiblesse des services publics face à la lourdeur de la charge fiscale, une gestion catastrophique des problèmes locaux ou nationaux, etc. In fine, les mêmes raisons qui ont fait sortir les gens dans les rues… La fuite semble devenir un mouvement social silencieux, passif, individualiste, un Hirag… Les files devant les guichets de la police aux frontières faisant office de foules dans les rues et les passeports en guise de banderoles revendicatives de lendemains meilleurs…