Italie, Le pouvoir aux partis antisystème

Point de vue juillet 2018

Italie, Le pouvoir aux partis antisystème

Les élections générales italiennes du 4 mars 2018 ont donné à la Ligue du Nord de Matteo Salvini 37% des voix et au Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio 32,7% de voix. Ces deux formations ont proposé au Président de la République italienne Sergio Mattarella la candidature de Giuseppe Conte, un avocat et juriste éloigné de la politique.
Le Président Mattarella a exigé des garanties sur le maintien de l’Italie dans la zone euro. C’est pourquoi il a refusé une première liste gouvernementale qui comprenait un ministre europhobe de l’Economie, Paolo Savona. Le Président Mattarella a chargé un économiste neutre, Carlo Cottarelli, de former un gouvernement de technocrates en attendant de nouvelles élections. Salvini et Di Maio ont reproché au Président italien de ne pas respecter la volonté populaire et ont appelé à une «marche sur Rome». Finalement, et après une crise qui a duré 88 jours, le Président Mattarella a de nouveau chargé Giuseppe Conte de former le gouvernement où Paolo Savona a été chargé des Affaires européennes en lieu et place de l’Economie. Le nouveau gouvernement italien est ainsi constitué de deux Vice-présidents: Matteo Salvini chargé du ministère de l’Intérieur, et Luigi Di Maio en charge du ministère du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales. Le ministère de l’Économie a été confié à Giovanni Tria, partisan du réalisme et rempart contre la dérive populiste. Enfin, le ministère des Affaires étrangères est pris en charge par Enzo Moavero Milanesi, aux convictions européennes affichées.
Ce dosage gouvernemental voulu par le Président Mattarella a pour but de rassurer une Europe inquiète de l’arrivée de ces antisystèmes au pouvoir.
En effet, la Ligue du Nord de Salvini est assez proche d’un parti d’extrême-droite. Elle dirige deux des plus riches régions italiennes: la Lombardie et la Vénétie. Elle représente le petit patronat italien, base de la vivacité économique de la troisième économie d’Europe. Elle plaide pour un allégement fiscal en proposant l’institution d’une «flat taxe». Elle préconise des mesures antimigrants et anti-islam, comme par exemple un référendum local pour toute construction de mosquée. Salvini est convaincu comme Victor Orban de Hongrie que «les peuples européens veulent des sociétés démocratiques, pas des sociétés ouvertes».
Quant au Mouvement cinq étoiles né en 2009, il refuse le terme de parti, et se veut antipolitique. Il fédère un électorat surtout du sud de l’Italie hanté par le culte de la probité et de la transparence. Le Mouvement flirte avec les thèses de «décroissance» et est hostile à tous les grands projets d’infrastructures. Ses militants traquent sur les réseaux sociaux les dérives des «élites», rejettent la démocratie représentative au profit de la démocratie directe, et sont favorables au revenu universel versé à tous les Italiens. A noter que le contrat de gouvernement conclu entre la Ligue du Nord et le Mouvement cinq étoiles prévoit la levée des sanctions contre la Russie.
Il est à prévoir des relations difficiles sinon conflictuelles entre le gouvernement actuel de l’Italie et les institutions de l’Union européenne. Les sujets à controverse entre Bruxelles et Rome concerneront la discipline budgétaire, l’immigration, la levée des sanctions contre la Russie, la fiscalité, la défense de l’euro, les grands projets d’infrastructures européennes. Certains dirigeants européens craignent une évolution de l’économie italienne comparable à la crise grecque. Il faut attendre les prochains mois pour affiner l’analyse en fonction des mesures concrètes que prendra le nouveau gouvernement italien.
La diaspora marocaine en Italie est constituée de plus de 500.000 personnes qui se sont bien intégrées dans la société. Dans un récent rapport de la Fédération italienne des chambres de commerce, les immigrés marocains sont les premiers à créer des entreprises dans le pays. Avec 68.259 entreprises créées jusqu’à 2017, le Maroc dépasse la Chine, la Roumanie, l’Égypte et la Tunisie.
En conclusion, les élections italiennes du 4 mars 2018 traduisent la montée du populisme en Europe et le divorce entre les partis traditionnels et le peuple. Il faut rester très vigilant quant aux conséquences de ce phénomène qui peut léser les intérêts du Maroc, et ceux des résidents marocains en Europe.