Jalil Taarji

Interview juin 2018

Jalil Taarji

Ancien président de la FNT et acteur touristique majeur, l’actuel président de l’ANIT prend ses distances avec la CNT dont il fustige la gouvernance bancale et se projette déjà en 2030.

Déliquescence, manque de vision, de stratégie et d’autorité, faillite, manque d’impulsion… Le constat que vous faites de la Confédération nationale du tourisme (CNT) est terrible. Mais vous qui en faisiez partie, n’assumez-vous pas une partie de cet échec?
En partie, certainement. Malgré nos multiples tentatives pour sensibiliser les présidents de la CNT, le manque d’engagement et de leadership, particulièrement depuis 2011, et une dimension patronale de plus en plus étriquée et virtuelle, ont progressivement plombé la confédération. Imaginez que sur les 100 membres environ inscrits à la CNT, à peine 27 sont à jour de leurs cotisations à fin avril. 50 membres n’ont pas payé leurs cotisations depuis 5 ans, 20 de plus n’ont pas payé leurs cotisations depuis 3 ans. Au total, 70% des membres sont en situation irrégulière! La réduction drastique du nombre d’adhérents à jour est le signe d’une longue et profonde déliquescence de la CNT: aucun salarié, aucun service à destination des membres, aucune influence sur les autorités du tourisme ni sur le cours des choses, aucune action à inscrire au bilan de la CNT depuis 6 ans. C’est triste à dire, mais notre confédération n’a plus aucune vision stratégique, aucune crédibilité, aucune représentativité.

L’Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT) que vous présidez forme aujourd’hui, avec quatre autres fédérations importantes, un collectif «dissident». Vous pointez l’inefficience de la CNT et remettez en cause la légalité des deux récentes AG. Pourquoi cela?
Pour des raisons statutaires et légales, mais également morales. En amont, parce que les AGO et AGE convoquées pour le 11 mai dernier l’ont été de façon irrégulière car non précédées par un conseil d’administration qui se doit d’en fixer les ordres du jour. En aval, parce que les règles de quorum ont été piétinées sans vergogne mais également parce que la grille des cotisations pratiquées abusivement depuis 3 ans découle d’un règlement intérieur qui n’a, depuis sa rédaction, jamais été validé par une AG, comme l’exigent les statuts.

On parle du non-paiement par certains membres de leur cotisation, ce qui les aurait privés de leur droit de vote…
Depuis 2015, les rares membres (27 sur 103) ayant réglé leurs cotisations n’ont en fait payé que la moitié de leur dû. Ce qui nous fait dire, et ce à notre grand regret, qu’aucun membre de la CNT n’est à jour de ses cotisations depuis trois ans, et pas seulement les 76 évoqués ci-avant. Au final, il s’agit bien de trois irrégularités dont une seule suffit amplement pour invalider tant lesdites AG que toutes les résolutions passées ce jour-là. Moralement enfin, parce qu’il avait été convenu à l’unanimité par le précédent conseil d’administration du 16 mars qu’il y aurait démission du binôme et aucune élection à court terme. Au lieu de cela, le président sortant, qui avait pourtant annoncé qu’il ne se représenterait pas, est à nouveau candidat. Il y a clairement eu rupture d’un pacte moral. J’assimile cette rupture à une politique de la terre brulée ou à du «panic management». Une rupture de confiance jusque et y compris à propos du PV de ce conseil qui n’a été ni diffusé aux administrateurs ni encore moins validé par ce conseil.

Votre collectif prône une réintégration imminente à la CGEM. N’est-ce pas abandonner toute autonomie décisionnelle pour des acteurs d’un secteur majeur? N’est-ce pas se banaliser, devenir une fédération comme une autre?
C’est bien le terrain vers lequel nos détracteurs tentent désespérément d’orienter le débat interne et leur communication publique. Cet argumentaire est biaisé et trompeur. A cet égard, le tableau comparatif et prétendument pédagogique, publié le 9 mai dernier par un de vos éminents confrères, est faux aux deux-tiers. Notre argumentaire est tout autre: nous nous basons autant sur nos observations et convictions propres, qui sont que la CNT est en faillite morale et financière avérée, que sur les constats et recommandations unanimes du Comité des experts, lequel a relevé la centralité du déficit de pilotage des Visions 2010 et 2020.

Pourtant, la CNT est une pièce maîtresse dans le dispositif de pilotage et plus généralement de la gouvernance du secteur…
Tout à fait, d’où notre entrain pour la rupture préconisée. Le secteur privé ne peut être crédible s’il prône les cinq grandes ruptures découlant des travaux des experts sans se réformer lui-même. Rappelons-nous que notre fédération a été une fédération interne de la CGEM pendant 12 ans et qu’elle n’a jamais été aussi influente que pendant cette période-là. Présidée par mon prédécesseur pendant 8 ans puis durant 4 ans par moi-même, la FNT a conçu, négocié et signé la Vision 2010, puis a activement participé à son exécution les premières années de sa mise en œuvre, sans aucun problème d’autonomie ni d’indépendance. Nous avions même réalisé un excédent financier (entre 2003 et 2007) et avons laissé 1,5 MDH en caisse aux successeurs, alors qu’aujourd’hui, la CNT externe est en faillite.

Oui, mais ne pouvez-vous pas réformer la CNT en interne, sans pour autant rejoindre la CGEM ?
La CNT est en faillite morale et financière avérée. Par ailleurs, notre volonté actuelle de «revenir» à la CGEM découle de la recommandation unanime du Comité des experts, dont le diagnostic sans complaisance pointe la défaillance totale du dispositif de pilotage stratégique des Visions 2010 et 2020. De fait, une profonde restructuration des dispositifs de pilotage du secteur s’impose. Le Comité des experts recommande à cet égard une véritable rupture dans le système de gouvernance. Si l’on veut être crédibles, le secteur privé doit d’abord «balayer devant sa porte». Sinon, les autres ruptures préconisées par le Comité des experts pour relancer notre secteur et rétablir ses équilibres structurels n’auront aucune chance d’être mis en œuvre.

La CNT fait-elle un autre diagnostic de la situation?
Pour le dire autrement, ce qui nous différencie de nos détracteurs est que nous considérons la CNT comme une entreprise en difficulté, en détresse et non redressable, quand eux pensent que la situation est rattrapable. Mais la preuve de l’inefficacité des deux derniers mandats est établie et factuelle et documentée. Notre vision est celle d’une fédération nouvelle intégrant la CGEM la tête haute et occupant toute sa place. Cela peut être passager et dans une logique d’incubation. Nous sommes optimistes car une fois le principe entériné, les modalités ne poseront aucun problème.

En 2007, lorsque la FNT s’est émancipée de la CGEM, vous veniez d’achever votre mandat. Dans quel état d’esprit étiez-vous? Pouvait-on imaginer qu’une querelle de personnalités corrompe la bonne tenue d’un secteur aussi vital pour l’économie marocaine?
Justement, mon 2e mandat a été écourté violemment fin 2007. Je dois avouer que j’étais très inquiet pour la suite, ce que je n’avais pas manqué de dire clairement et publiquement au président de la CGEM de l’époque, ainsi que par le biais d’un communiqué de presse. Toutes mes craintes, en fait nos craintes, ont été avérées. J’espérais me tromper, mais la suite nous a donné raison. Malheureusement… Il ne s’agit pas d’une querelle de personnalités, comme aiment à le qualifier nombre d’observateurs et acteurs. Le modèle d’externalisation choisi à l’époque n’était pas le bon. Nous le savions, nous l’avons dit, mais la CGEM à l’époque n’y a pas pris garde ou s’est laissée abuser par les mêmes «conservateurs» qui s’y opposent encore aujourd’hui…

Une cohabitation demeure-t-elle possible entre le management de la CNT et les fédérations et associations dissidentes?
Je tiens à préciser que nous avons fait beaucoup d’efforts de conciliation et avons sollicité la CGEM, à travers sa présidence et son médiateur qui n’ont ménagé aucun effort. Nous tenons à les en remercier. Si volontairement nous n’avons pris la parole que tardivement et après nos détracteurs, ce fut précisément pour laisser le temps aux conciliateurs de déployer leurs efforts. Sans succès, à notre grand regret.

Mais Kabbaj et Zemrani (binôme sortant de la CNT) ont quand même décroché des contrats-progrès auprès de l’Etat. Il s’agit d’une injection financière de 9 millions de dirhams, n’est-ce pas une bonne nouvelle?
Ces contrats sont un vrai cache-misère en réalité. Nous jugeons indigne une organisation patronale qui tend la main au Trésor public, et ce pour marquer son incapacité à recruter et à s’autofinancer. Que vont devenir la marge de manœuvre de la CNT vis-à-vis du gouvernement, son indépendance et sa crédibilité? Cela se passe de commentaire.

Quid de la prochaine feuille de route? Qui des fédérations et associations qui rejoindront la CGEM ou de ce qui reste de la CNT la négociera avec le gouvernement? Qui sera l’interlocuteur des pouvoirs publics?
La feuille de route tracée et proposée par le Comité des experts a été critiquée, puis approuvée en deux temps et dans tous ses chapitres par le conseil d’administration de la CNT du 16 mars. A quelques ajustements modestes près et la réserve d’un seul administrateur sur les 24 présents. Pour la suite, nous nous en remettons au jugement de la CGEM qui devra écouter les arguments des uns et des autres, sachant qu’un récent conseil d’administration de la CGEM a d’ores et déjà approuvé le principe de la création d’une FNT interne. C’est celle-ci qui devrait être l’interlocuteur des pouvoirs publics.

Mais vous n’avez pas les hôteliers de la FNIH de votre côté, alors qu’il s’agit d’une fédération influente?
Oui, importante et structurante, sans nul doute. Mais une FNIH qui a vu sa dimension patronale se déliter significativement avec le temps. Une FNIH composée de 12 associations régionales dont seulement 5 adhèrent à la CNT et dont seulement 3 sont à jour de leurs cotisations. Les présidences des FNIH et des 3 AIH les plus actives sont assurées par des hommes de terrain respectables et compétents, mais qui ne sont ni chefs d’entreprise ni investisseurs ni mandataires sociaux. Ils sont de ce fait inéligibles à ces statuts. De là découle la distance observée entre notre collectif et cette même FNIH, dont je suis moi-même membre et à laquelle je suis attaché.

Finalement, n’assistons-nous pas à une bataille d’ego, à un bras de fer entre Kabbaj et vous?
Les vrais sujets qui nous opposent sont des sujets de visions et de stratégies. M. Kabbaj est légitime et il est un opérateur de référence dans notre secteur. Une vraie success-story à la marocaine. Or dans la sphère associative, il est plutôt conservateur et exagérément pragmatique là où je suis plutôt progressiste, favorable aux ruptures et soucieux de la forme et de la légalité. A la fin de la journée, il est aisé de ramener cela à des sujets personnels. C’est pratique mais cela altère et biaise le débat de fond qui, lui, est stratégique.

Parlons métier! Les banques ont-elles perdu confiance dans le secteur touristique?
Passablement et objectivement. Quand l’offre n’est ni pilotée ni calibrée, quand les prix et les occupations dérapent par rapport aux business plans initiaux, entraînant dans leurs sillages les marges opérationnelles, quel autre choix ont-elles hormis serrer les critères d’éligibilité? A cet égard, l’ANIT a diligenté une étude onéreuse tant sur les fonds propres que sur les dettes bancaires du secteur. Notre étude a été partagée avec le GPBM en 2016 et avec le ministère du Tourisme en 2017. Au vu de la réaction positive de Mme la Secrétaire d’Etat, je crois qu’il y aura une suite.

Malgré les primes d’investissement prévues par le ministère de tutelle, l’exonération de la TVA pour les produits achetés localement et destinés à des projets d’investissement ou la mise en place du Fonds marocain de développement touristique (FMDT), le secteur fait du surplace. Pourquoi cette inertie?
La dégradation de la rentabilité moyenne des investissements est due, pour faire court, à des surcapacités ici et là. Elle est également le fruit d’une perte de cohérence de l’économie touristique, elle-même résultat d’un déficit de pilotage. Ce qui nous ramène à la centralité des sujets précédents.

A quel point la vacance du fauteuil de DG de l’ONMT a-t-elle été néfaste au secteur?
Significativement, sans aucun doute. On assiste à une véritable omerta. Rien ne filtre, c’est désolant.

Est-ce que l’échec de la Vision 2020 est dû à l’impuissance de la CNT ou à celle des pouvoirs publics?
D’abord, c’est un échec relatif. Ensuite, il est partagé par tous les intervenants. Mais il ne s’agit pas d’impuissance; je dirais plutôt un manque de vista, une incapacité à décider et agir sur le cours des évènements de la part des signataires des contrats-programmes. La plupart des dérapages et des grands déséquilibres structurels qui menacent aujourd’hui l’intégrité de notre économie touristique et qui se sont installés dans la durée depuis plus de 10 ans, sont le résultat d’une politique de «laisser-faire», avec des pouvoirs publics qui n’avaient pas conscience de leur responsabilité dans la régulation de l’économie touristique. Ils ont certainement cru au mythe de la  «main invisible». Je penche ainsi plus pour l’incompétence ou l’indolence que pour une éventuelle «impuissance».

Comment expliquez-vous que l’Espagne, qui se situe à 14 km de notre façade méditerranéenne, reçoive 65 millions de touristes contre 11 chez nous?
Un business case à écrire, assurément! Les deux destinations et leurs contextes respectifs ne sont plus comparables. Car il faut se souvenir du contexte des années 60 quand le général Franco a décidé de promouvoir le tourisme en Espagne. Cela ne s’est pas fait en un jour. Mais la volonté était à toute épreuve. Avec une démarche disciplinée, voire autoritaire. Et tout le monde marchait dans la même direction. L’exemple turc, plus récent, est encore plus édifiant: 2,5 millions de touristes en 1987; 10 millions en 1997 et près de 40 millions 20 ans plus tard! Ces exemples doivent nous conduire a nous poser les vraies questions et arrêter de nous cacher derrière des prétextes fallacieux. La gouvernance du tourisme au Maroc est simplement défaillante et inadaptée à l’ambition affichée. Ambition ô combien légitime voire vitale pour notre Economie.

On a un peu l’impression que le Palais a lâché le tourisme…
Ce n’est pas ma lecture. Il y aurait probablement de la désillusion, mais elle est parfaitement légitime, compréhensible et largement partagée, quand on dresse le bilan sans complaisance 17 ans après le lancement de la Vision 2010! Je dirais plutôt que les différents gouvernements, et en particulier depuis 2011, ont été incapables de résoudre les vrais problèmes du 2e secteur de l’Economie nationale. Il s’agit la plupart du temps d’incompétence, mais on ne peut pas occulter non plus le contexte idéologique ni l’inconscience ou l’incapacité. L’ANIT a été la seule et la première à le dénoncer publiquement. Trop de responsables font leurs propres lectures de nos visions décennales, qu’ils soient décideurs centraux et ministériels, ou autorités locales désignées ou élues. A la fin de l’histoire, l’intérêt général est souvent oublié ou négligé. La stratégie nationale, pourtant approuvée officiellement, finit par être dévoyée, écartelée et le résultat est la. Le cœur de la problématique est bien la gouvernance du tourisme, sans aucun doute! Avec un ministère qui ne pèse pas grand-chose au sein du gouvernement et un secteur privé peu crédible, très peu représentatif et souvent compromis.

Que pensez-vous de la gouvernance actuelle du secteur? Le ministre du Tourisme, Mohamed Sajid, peut-il, selon ce que vous avez vu de lui, redonner chair à la Vision 2020?
J’ai eu le plaisir de voir M. Sajid à deux ou trois reprises. Mais, nous ne savons pas ce qu’il pense vraiment. Nous attendons toujours qu’il prenne les vrais problèmes a bras de le corps

Quid de la secrétaire d’Etat au Tourisme Lamia Boutaleb?
Madame Boutaleb semble volontaire et disponible. Elle fait preuve d’écoute et paraît ouverte au dialogue. Mais nous attendons plus. Au delà de la bonne conjoncture immédiate, les problèmes structurels de notre tourisme nécessitent des ruptures, franches et assumées. Est-on capable d’ouvrir tous les sujets, sans tabous?

La Vision 2020 a-t-elle été trop ambitieuse?
Elle n’a pas été bâtie sur un bilan sérieux de la Vision 2010. Un péché originel. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions? En fait, la Vision 2010 a souffert d’un déficit de pilotage, la Vision 2020 n’en a pas tiré les leçons. Bien au contraire, elle a occulté la réalité et les vérités qui pouvaient être objectivement constatées. La politique a pris le relais. A nouveau le résultat est là, presque 10 ans plus tard, avec un bilan très lourd mais que personne n’ose dénoncer clairement. Cela étant, tout est rattrapable, si on ose assumer toutes ces réalités et mettre en œuvre les contre-mesures adaptées. C’est ce que proposera incessamment le Comité des experts, aussitôt que le contexte le permettra.

Le Maroc, pays de plus en plus conservateur, n’a-t-il pas épuisé son potentiel avec 11 millions de touristes dont 6 millions de MRE?
Non, du tout. Le Comité des experts l’explicitera et argumentera. Je n’ai pas vocation à brûler les étapes. Son président ne devrait plus tarder à prendre la parole.

Comment expliquer le taux de retour que vous qualifiez vous-même de faible?
Des chiffres suffisamment fiables ne sont pas disponibles. Ceci étant, à chaque destination ses niveaux et ses objectifs de taux de retour. Les expériences offertes à nos visiteurs par nos différentes destinations ont besoin de différenciation et de qualité. Les promesses faites doivent être tenues. Il s’agit là d’un chantier ouvert en permanence.

Comment sortir de la concentration sur Marrakech et Agadir qui représentent 50% des recettes?
C’est un vrai sujet, mais il faut se garder de faire du tourisme un simple prétexte pour faire de l’aménagement du territoire. Le tourisme a vocation à se développer et être encouragé dans tous les territoires qui remplissent des critères objectifs. Il faut dépasser la démarche du saupoudrage, coûteuse et inefficace.

Membre du Comité d’experts, vos conclusions prennent-elles le contrepied de la Vision 2020?
Je ne peux pas encore dévoiler les conclusions du rapport des experts. Son président (Amyn Alami, Ndlr), qui a animé une équipe de grande qualité et produit un travail bénévole assez unique en son genre, ne devrait pas tarder à prendre la parole. En tout état de cause, grâce à cette démarche initiée faut-il le rappeler par la CGEM, le tourisme aura été le premier secteur privé a faire le bilan critique de ses 2 contrats-programmes, après avoir été le premier à en signer un.

Pourriez-vous partager avec nous quelques faits saillants des recommandations du comité?
Non, je le regrette. Hormis vous dire qu’il recommande 5 ruptures majeures pour remettre le train du tourisme sur les rails. Ruptures dont le succès passe par notre autocritique et la remise en ordre de notre organisation fédérale au sein de la CGEM, qui est tout sauf un caprice ou une lubie doublée d’un agenda caché.

En deux mots, en quoi votre vision 2030 a-t-elle des chances de réussir là où la Vision 2020 a échoué?
Nous n’avons encore parlé d’aucun horizon, mais je peux avancer que le cœur de notre travail collectif et contradictoire a été de faire en sorte que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

Cap sur 2030

Si le tourisme a connu une belle année 2017, avec 10% de progression des arrivées, le secteur dans sa globalité n’est pas sorti de l’ornière. Une Vision 2010 aux résultats approximatifs et une Vision 2020 d’ores et déjà ratée continuent à assombrir le tableau. A qui la faute? Aux autorités, inaptes à mener une stratégie à son terme? Aux professionnels, dont les chicaneries, les chicayas, les sempiternelles chamailleries sur fond de soif de pouvoir ont démantibulé un secteur générant 65 MMDH de recettes annuelles? Acteur touristique majeur et ex-président de la FNT, Jalil B. Taarji a à son corps défendant participé à la grande mascarade du secteur. Lui aussi a été embringué dans des guerres picrocholines contre tel président de fédération ou de confédération. Il semble aujourd’hui vouloir sortir de cette tambouille par le haut en brandissant une feuille de route ciblant 2030, mitonnée par un comité d’experts dont la légitimité reste à démontrer. En dépit de la qualité de ce travail, il faudra trouver chez Sajid, Boutaleb et Salaheddine Mezaour, fraîchement corseté dans son nouveau costard de patron des patrons, une oreille attentive. Au vu de l’historique d’un secteur perclus par l’inefficience, le pari est tout sauf gagné!