Mohammed Bouzoubaâ, PDG de TGCC

Interview mai 2018

Mohammed Bouzoubaâ, PDG de TGCC

En l’espace de 27 ans, il a su bâtir un groupe valorisé à 3,6 milliards de dirhams. Comment expliquer l’ascension fulgurante de Mohamed Bouzoubaâ? Le self-made-man nous a ouvert ses portes mi-avril.

En ce moment même, les membres de la Task Force de la FIFA inspectent certaines des réalisations de TGCC (Travaux Généraux de Construction de Casablanca a construit les stades de Tanger et de Fès) pour valider ou non le dossier technique marocain. Croyez-vous en nos chances d’organiser le Mondial 2026.
Oui, nous disposons de tous les moyens nécessaires pour accueillir la Coupe du monde. Un grand bond en avant a été réalisé en matière d’infrastructures. Beaucoup reste à faire certes, mais nos stades répondent, pour la plupart, d’ores et déjà aux exigences de la FIFA. Par ailleurs, notre réseau autoroutier, nos aéroports, nos ports et notre futur TGV font de nous un candidat méritant. Je suis confiant.
Un mot sur l’opération Mediterrania

Capital III?
Il s’agit d’une augmentation de capital et d’une cession d’actions d’un montant de 550 MDH qui a résulté sur la détention de 15 % du capital de TGCC Travaux publics par le consortium d’investisseurs mené par Mediterrania Capital III.

L’augmentation de capital porte-t-elle aussi sur TGCC Immobilier?
Non, seulement l’entreprise TGCC Travaux. TGCC Immobilier est gérée d’une manière indépendante. Les deux entités sont autonomes et en tant qu’actionnaire principal, je constitue l’unique trait d’union.

Pourquoi Mediterrania Capital III plutôt qu’un autre fonds ?
Ce fonds proposait un accompagnement intéressant pour notre stratégie d’expansion africaine. Les PPP dans le continent sont monnaie courante, mais ils nécessitent un soutien financier conséquent. De leur côté, nos nouveaux partenaires ont perçu en nous une réelle volonté de s’enraciner en Afrique. Ce point de convergence nous unit désormais. A nous de traduire l’ambition en actes concrets. 

On a l’impression qu’aujourd’hui, ce qui vous motive ce n’est plus le segment entreprise mais la branche immobilier. Y voyez-vous plus d’opportunités?
Pas du tout. La vie est faite de hasards. J’ai au fil du temps acquis des terrains par-ci par-là. S’est alors posée la question de l’opportunité d’exploiter ce foncier. Nous avons commencé par le social sur la périphérie de Casablanca, pour ensuite passer au haut standing, aux lotissements, etc. Mon ADN est acquis à l’entreprise. Je suis un entrepreneur dans l’âme. L’immobilier me motive, mais pas avec autant d’ardeur.

Mais les marges y sont plus intéressantes. De plus, en 5 ans, votre branche immo parvient à réaliser plus de 1 milliard de volume d’affaires, ce qui dénote d’un potentiel pour le moins intéressant…
TGCC Travaux réalise 15% de son chiffre d’affaires grâce à la branche immobilière, ce qui n’est pas négligeable. C’est donc un vecteur de création de valeur pour le segment entreprise. Honnêtement, si je devais choisir, j’opterais pour TGCC Travaux car c’est mon bébé.
Le Groupe traîne plus de 500 millions de dirhams de dettes, avec des engagements en leasing de 100 MDH pour des fonds propres de 470 MDH. Tout cela est-il soutenable?
Les banques annoncent des chiffres un peu exagérés. Croyez-moi, nos dettes ne se chiffrent pas à 500 MDH. Et puis quand on parle de leasing, en ce qui me concerne j’y vois non pas une charge mais un investissement. Notre trésorerie est très saine et nous n’avons quasiment aucun litige au niveau des tribunaux. Donc, tout va bien.

Aucun litige! Y compris avec le donneur d’ordre public?
Les a priori autour du maître d’ouvrage public sont globalement injustifiés. Il faut savoir qu’aucun projet public ne peut être activé s’il n’a pas au préalable été budgétisé. L’argent est donc disponible, mais pour enclencher le circuit de paiement, il faut avoir une patience en titane. Les obstacles sont innombrables.

Ne s’arrange-t-on pas différemment avec des acteurs de votre envergure?
Tout le monde est logé à la même enseigne. Il faut pousser, justifier, revenir à la charge, avant de pouvoir débloquer les fonds.

N’est-ce pas inquiétant qu’un fleuron du BTP comme TGCC, opérant dans un pays qui a besoin de développer ses infrastructures, songe à se diversifier voire à opérer au-delà des frontières?
Certes, le potentiel au Maroc est non négligeable, mais toute entreprise est tenue de relancer sa croissance de manière alternative. La diversification n’est pas un luxe. Pour nous, elle se présente sous plusieurs formes: l’export, les concessions, l’énergie, la collecte de déchets et j’en passe. C’est en élargissant le spectre de ses activités que l’on grandit.

Vous employez 8.500 personnes, mais votre activité doit forcément être cyclique et dépendre de votre carnet de commandes. Comment faites-vous pour demeurer souple?
Nous employons certes 8.500 personnes, dont une partie d’occasionnels qui évolue avec la charge de travail? Toutefois, nous conservons le staff et l’encadrement y compris en période de vaches maigres. Le marché étant versatile, notre visibilité se limite à 18 mois maximum. Il nous faut continuellement chercher de nouveaux marchés. Dans le passé, nous oscillions entre 30 et 40% de commande publique. Ce taux s’est aujourd’hui réduit à 15%. En outre, TGCC n’est compétitif que sur les grands chantiers tels que les CHU ou les aéroports. En 2018, nous ne voyons venir aucun appel d’offres en dépit du fait que la Loi de finances prévoit d’importants chantiers. Nous attendons pour voir!

Quid de la promesse du ministère de tutelle de consacrer 40 MMDH à la commande publique?
Nous sommes en mai et je le répète, hormis un appel d’offres relatif au stade d’Al Hoceima, nous ne voyons aucun projet majeur se profiler à l’horizon.
Vous suggérez de faire davantage jouer la préférence nationale. Vous parlez même de la possibilité qu’un acteur national puisse être plus cher de 15 % par rapport à l’offre étrangère.
Sur quasiment tous les dossiers, cette préférence, il faut l’avouer, s’exerce. Hormis quelques opérateurs turcs, chinois et français comme Bouygues et Vinci, ce sont essentiellement des acteurs nationaux qui décrochent les marchés publics. Ce qui me paraît naturel. Lorsqu’on accorde un projet à un opérateur chinois par exemple, celui-ci viendra muni de sa propre main d’œuvre. Son apport à l’économie nationale est donc nul.

Vous sentez vraiment que la préférence nationale est active?
Depuis six ans au moins, nous sentons une inflexion forte dans ce sens au niveau du ministère de l’Equipement. Auparavant, la Fédération des travaux publics n’avait pas réussi à la faire appliquer, mais les choses s’améliorent. Beaucoup de marchés ont été attribués de la sorte, or le taux retenu n’est pas de 15%, plutôt de 5%. Prenez des pays comme la France ou l’Espagne, vous n’y trouverez pas d’opérateurs étrangers bien que l’on soit dans une logique d’espace commun. C’est une réalité, les états protègent l’entreprise nationale.

Vous imaginez, vous qui vous attaquez au marché africain, si là-bas aussi ils appliquent la préférence nationale… Ce serait pénalisant, non ?
Cela ne me dérange pas. Le jeu doit être équilibré. Sauf qu’en Afrique, on retrouve très peu ou quasiment pas d’entreprises locales de notre taille. Certes, quelques PME libanaises tentent de faire le job bon an mal an. Mais c’est à peu près tout.

Ce vide vous laisse une belle marge d’acquisition de marchés?
En Afrique, nous travaillons surtout avec la sphère privée. Nous avons fait nos preuves en matière de prix et de qualité, malgré le fait que l’environnement est beaucoup plus complexe et les marges ne sont pas très importantes. Mais nous y allons avec dans l’idée de diversifier nos activités tout en nous ancrant sur l’extérieur.

Quelles difficultés majeures en Afrique?
Nous butons principalement contre le peu de qualification de la main-d’œuvre. Résultat, nous sommes contraints d’y aller avec nos propres ouvriers, lesquels, partant, nous coûtent trois fois plus qu’ici. Car il faut leur assurer le transport, le gîte et le couvert, et un salaire double. La répartition moyenne est de 70% de Marocains et de 30% de locaux. Plus nous formons les travailleurs locaux, plus nos coûts s’améliorent, mais cette contrainte alourdit nos charges sur de longues périodes. Ensuite, les taux bancaires pratiqués en Afrique sont prohibitifs que ce soit en facilités de caisse ou en lignes de caution. C’est là que le gouvernement a un vrai travail d’accompagnement à faire dans le financement des entreprises à l’export. Cela, les Turcs et les Chinois l’ont bien saisi. Si leurs groupes parviennent à décrocher les marchés à l’international, cela est principalement dû au soutien de l’Etat en termes de subventions et d’exonérations.

Beaucoup de banques marocaines sont installées en Afrique, ne vous accompagnent-elles pas sur place?
Si, bien sûr, mais leurs taux sont largement supérieurs aux taux appliqués au Maroc, donc pas d’avantage concurrentiel à ce niveau-là ! Ici on parle de 5 à 6% en taux relatifs aux facilités bancaires. Là-bas, nous sommes sur des niveaux pouvant aller jusqu’à 11%. Idem pour les cautions dont les commissions sont rédhibitoires. L’Etat marocain pourrait faciliter la tâche aux entreprises en les finançant partiellement.

Finalement, vous croyez vraiment à l’Afrique?
Oui, fermement. Nous opérons dans deux pays pour le moment, mais nous pouvons nous implanter dans d’autres comme le Sénégal, le Cameroun, le Ghana dont le potentiel n’est pas négligeable. Au Gabon, où nous sommes présents, depuis les élections hélas, le marché est d’un calme plat. Nous explorons donc d’autres périmètres.

En l’espace d’une vingtaine d’années, vous décrochez une myriade de contrats. Quelle est la méthode TGCC? Qu’est-ce qui vous distingue par rapport à la concurrence?
J’ai commencé en 1991 à partir de presque rien. D’année en année, nous avons travaillé avec sérieux et la croissance a suivi. J’impute cette réussite à la qualité de nos recrutements. Le staff qui m’entoure me pousse de l’avant. Et puis, beaucoup de clients nous ont fait confiance. Clients que nous avons su fidéliser dans le temps. Notre secteur est organisé d’une manière un peu anarchique car, au fond, n’importe qui peut faire de l’entreprise. Notre marque de fabrique, au-delà de la qualité des ouvrages et du strict respect des délais, s’incarne dans cette touche d’ingénierie qui a remporté les faveurs du marché.

Quand on vous entend parler, on sent un peu de pessimisme par rapport au marché marocain, alors qu’en 2020 vous ambitionnez quand même de doubler votre CA?
Le potentiel existe bel et bien et nous sommes résolument axés vers l’avenir. Or, nous ne sommes pas maîtres de notre destin. La confluence d’un ensemble de facteurs doit être au rendez-vous, parmi lesquels le retour de la commande publique.

Votre principal concurrent, la SGTM, est empêtré dans un chantier, celui du port de Safi, perclus d’incidents et dont on ne voit pas le bout? Est-ce une opportunité pour TGCC de récupérer des marchés ?
Pas du tout. Sincèrement, je respecte nos concurrents même si on ne partage pas la même vision des choses. Je trouve dommage qu’une société de la taille de la SGTM se retrouve confrontée à ces incidents, si incidents il y a. Et pour cause, beaucoup de rumeurs circulent sans qu’une parole officielle ne vienne dissiper le doute. J’espère qu’ils redresseront la barre et repartiront de plus belle. Vous savez, j’ai commencé ma carrière chez la SGTM, j’y ai travaillé cinq ans et demi avant de fonder TGCC. Je ne peux donc que leur souhaiter de sortir le plus rapidement possible de cette mauvaise passe.

C’est l’élève qui a dépassé le maître?
Je n’ai rien dépassé du tout. Soit dit en passant, je trouve désolant qu’au Maroc nos entreprises n’aient pas atteint des tailles importantes. De l’autre côté de la Méditerranée, des mastodontes se sont constitués par voie de fusions, d’extensions, de croissances externes. Hélas, nous n’avons pas franchi ce cap au Maroc. Nous demeurons embryonnaires par rapport aux acteurs internationaux. Lorsque nous travaillons avec des Chinois sur les mêmes chantiers, nous mesurons le gap. Certains font 100 fois notre taille alors que sur le plan technique nous n’avons rien à leur envier.

Vous déplorez donc que les opérateurs marocains ne se regroupent pas. Par exemple TGCC pourrait fusionner avec la SGTM?
Non, pas forcément avec la SGTM. Je dis juste que lorsqu’on parle d’un spécialiste du BTP réalisant 3 MMDH de chiffre d’affaires, nous faisons office de petits poucets. En dépit du fait qu’en termes d’ingénierie, la griffe marocaine est éminemment prisée. Pour atteindre de vraies masses critiques et pouvoir être compétitifs sur des projets d’envergure hors frontières, il est essentiel de former des pôles plus imposants.

Le secteur, en tous cas à l’étranger, évolue vers un modèle BOT (Build Operate Transfer), sentez-vous que le Maroc est au diapason de ces tendances?
Ni le PPP ni le BOT ne sont encore effectifs au Maroc. Le programme PPP dont on a beaucoup parlé n’a jamais vu le jour. C’est frustrant, parce qu’il pourrait fortement bénéficier à notre écosystème.

En termes de commandes africaines, avez-vous une visibilité sur les deux prochaines années par exemple?
En Côte d’Ivoire, nous maintenons une croissance solide soutenue par des commandes essentiellement privées. Au-delà, nous soumissionnons régulièrement pour des projets publics. Nous sommes actuellement en attente de réponses.

Faut-il un coup de pouce royal pour transformer l’essai?
L’idée de mettre le cap sur le continent n’a pas germé du néant. C’est justement grâce à l’action du Roi en Afrique que nous nous sommes décidés à y tenter notre chance.

Si on intègre la Cedeao, ça ira plus vite?
Certainement! Malgré les réticences exprimées par certains pays membres, je demeure convaincu que le royaume intégrera ce marché commun. Sa Majesté a énormément de poids dans l’échiquier africain. Cet élément sera décisif. Nous avons toutes nos chances.

Le grand théâtre de Casa sera-t-il livré cet été?
En principe, le chantier devait être finalisé en juin, mais sera reporté à septembre pour une ouverture prévue début 2019. C’est un projet qui présente une difficulté particulière. Les commanditaires ont mis la barre trop haut. Les systèmes de sonorisation et de ventilation par exemple répondent aux derniers standards mondiaux. Il faut s’en réjouir. Le Maroc a le droit de disposer d’un lieu de culture de cette qualité.
Quid de l’esplanade de la mosquée

Hassan II? Elle devait être livrée en avril, un retard en perspective?
Nous avons quelques soucis au niveau de l’espace vert. Si vous passez à côté, vous constaterez que tout est finalisé, reste la plantation des arbres. La livraison dépend de la végétation. Mais cela ne saurait tarder. L’esplanade devrait être ouverte au public au plus tard vers la période estivale.

Sur le chantier de la grande tour BMCE de Rabat, il semblerait que vous ayez un souci de communication avec la China Railway Construction Corp. Comment travaillez-vous avec ce partenaire?
Nous avons pu mesurer à quel point nos cultures respectives divergent. Un retard a été constaté sur la phase étude mais sera vite rattrapé. Il s’agit là aussi d’un projet très compliqué. Les études ne peuvent souffrir d’aucune erreur. Nous serons appelés à descendre des pieux sur 70 mètres de profondeur étant donné le poids de la tour. En outre, la forme particulière de l’édifice le rend très sensible à la puissance du vent. Le maître d’ouvrage a insisté pour que les travaux ne commencent qu’une fois toutes les études finalisées.

Le cabinet d’étude initial a été remplacé?
Oui, par un bureau d’étude chinois appuyé par deux bureaux d’études espagnols.

On dit Othman Benjelloun furieux?
Cela me paraît normal. N’importe quel maître d’ouvrage souhaite voir les choses avancer sereinement. Mais je pense qu’il sera très heureux dans quelques mois.

La livraison sera décalée de combien de temps?
Le cahier de charges stipulait 37 mois de travaux. J’estime que le chantier souffrira d’un retard maximum de deux mois et demi.

Les ouvriers chinois seront-ils plus nombreux que les Marocains?
Nous n’avons plus affaire à l’ancienne Chine. De nos jours, un ouvrier originaire de l’empire du Milieu perçoit un salaire minimum de 400 dollars/mois, beaucoup plus lorsqu’il est appelé à opérer à l’étranger. Par conséquent, la logique économique voudrait que les Marocains soient plus compétitifs et donc naturellement plus nombreux sur ce chantier majeur.

Le Maroc est à la recherche d’un nouveau modèle économique. Des idées?
Je ne le dirai jamais assez: il faut relancer l’économie à travers l’encouragement de l’investissement, qu’il soit étranger ou marocain. Sur le plan social, notre pays subit une réalité terrible. La priorité réside dans des créations massives d’emploi. Pour cela, l’investisseur se doit d’être rassuré, encouragé, motivé. Commençons par lever les sempiternelles complications dans le processus de validation des projets.

Et donc dépasser le modèle des CRI?
Tout dépend de quelle ville. A mon sens, le modèle des CRI doit simplement être perfectionné. L’important est de revoir l’Administration de fond en comble, car le fossé entre le privé et le public devient béant.

Salaheddine Mezouar et Hakim Marrakchi concourent pour la présidence de la CGEM. Votre candidat ?
Je connais bien et respecte les deux aspirants. Hakim Marrakchi officie à la CGEM depuis plus de dix ans. C’est quelqu’un d’actif et, plus important encore, un entrepreneur. C’est tout ce que je peux dire. Cela dit, Mezouar avec sa longue expérience peut faire le job. Quoi qu’il en soit, le prochain président devra poursuivre sur la lancée de Mme Bensalah dont le bilan est exemplaire.

On dit de vous que vous êtes un grand philanthrope. Pensez-vous que la solidarité est une valeur qui se perd chez nos plus riches?
On ne peut pas généraliser, mais je trouve triste que les nantis n’en fassent pas davantage. Il faut épauler la communauté, les jeunes, les défavorisés. La solidarité est une valeur cardinale qui s’effiloche. J’encourage tous ceux qui disposent de moyens à être empathiques, à aider. A chacun sa conscience.

Vous êtes également un grand amateur d’art et puisqu’on parle de préférence nationale, quels sont vos trois artistes-peintres marocains préférés?
Oh, je ne peux pas me limiter à trois. Les talents sont tellement nombreux. Si j’en cite un, les autres m’en voudront. Bon allez, Gharbaoui, Cherkaoui, Saladi même si sa collection ne tourne plus, Belkahia, El Glaoui, Miloud Labyed…
Vous avez des goûts très classiques.
Je fonctionne au coup de cœur. Vous voyez une œuvre, vous l’aimez ou pas. Cela dit, les jeunes ne déméritent pas. J’aime aussi bien Yamou, Mahi Binebine que Mourabiti. A travers ma Fondation TGCC pour l’art et la culture et l’espace d’art Artorium, je formule l’ambition de faire connaître la peinture marocaine aux jeunes générations. 

Le bâtisseur.

Les stades de Tanger et de Fès, le centre de maintenance du TGV, la gare de Casa Port, le Grand théâtre de Casablanca, Anfa Place, Tanger City Center, Ikea, la Tour BMCE bank… les projets réalisés par TGCC donnent le tournis. A la tête d’un véritable empire, Mohammed Bouzoubaâ a de quoi être fier. Parti de rien, cet ex-cadre de la SGTM a pris son destin en main en 1991, pour se lancer à son propre compte en créant TGCC. Vingt-sept ans plus tard, sa petite PME est devenue un leader national dans les travaux industriels, publics et du bâtiment. Sa recette, le travail, le sérieux et un flair hors norme pour les bons recrutements. Il le dit lui-même: «C’est mon équipe qui m’incite à aller de l’avant». Devant la raréfaction de la commande publique, levier majeur de croissance pour TGCC, Bouzoubaâ s’oriente vers l’Afrique où son savoir-faire pourra s’exercer en terrain quasi vierge. Au son de sa voix, au calme olympien qu’il exsude, on a parfois du mal à imaginer que cet homme a pu déplacer des montagnes pour arriver à bâtir un mastodonte du BTP. Il faut se méfier des apparences. Dans les salons, il se murmure qu’il serait encore vendeur d’une partie du capital de son groupe. Lui nie formellement. «Son bébé» TGCC est intouchable. On le croit volontiers.