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M. Veuilleux Laborie,Directrice BERD – Maroc

Interview octobre 2017

M. Veuilleux Laborie,Directrice BERD – Maroc

Fraîchement nommée à la tête de la filiale locale de la BERD, cette ancienne d’HEC Paris nous détaille les objectifs ambitieux de sa banque pour le royaume.

Pas de drapeau de l’UE dans votre bureau? Etonnant pour une banque européenne?
(Rires). Dans le nom de la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement), il y a «Europe», bien entendu, mais nos pays actionnaires et nos pays d’opération ne sont pas uniquement européens. Les Etats Unis, le Canada et le Maroc sont aussi actionnaires parmi les 67 pays. 

Avant de prendre la succession de Laurent Chabrier à Casablanca, vous avez créé et dirigé le bureau de la BERD en Tunisie. Y a-t-il une différence d’approche entre l’intervention des marchés marocain et tunisien?
En règle générale, nous adoptons des thèmes transversaux et prenons en compte les spécificités de chaque marché. La Tunisie et le Maroc ont des notations différentes. Cela découle de la transition politique et de son impact sur la transition économique. Nos stratégies pays sont différentes mais nous notons des similitudes, notamment en termes de prédominance des PME/PMI dans le tissu économique et industriel. D’où notre programme d’appui à ces structures seules à même, grâce à une montée en gamme en termes de gouvernance et de transparence financière, de parer à la problématique pressante du chômage, notamment chez les jeunes. Nous mettons également l’accent dans les deux pays sur la place de la femme dans la sphère économique et son accès au marché.


En Tunisie, en tous cas, la situation s’améliore pour les femmes…
Effectivement en Tunisie il y a plusieurs chantiers ouverts en faveur de l’amélioration des droits de la femme ; le grand effort dans les deux pays reste à cibler surtout l’amélioration de la présence des femmes sur la scène entrepreneuriale et politique avec une égalité d’accès aux marchés.

La BERD a alloué plus de 12 milliards de DH via une trentaine de projets au Maroc. Quel bilan tirez-vous de ces cinq années de présence au royaume?
Le succès de la BERD au Maroc repose principalement sur la qualité de nos équipes et j’en suis très fière. Nous sommes une vingtaine de personnes à Casa et deux à Tanger. Nos cadres sont très talentueux. Ils disposent pour la plupart d’une expérience probante à l’étranger. Nous avons engagé plus d’un milliard d’euros dans le royaume sous forme de lignes de crédit, d’equity et de trade finance. La BERD adopte un positionnement de niche dans le sens où nous sommes le seul bailleur à financer directement les entreprises en dirham. Nous sommes également les seuls à avoir financé un projet privé dans les énergies renouvelables dans le cadre de la nouvelle loi. Enfin, nous sommes les premiers à avoir souscrit à une émission obligataire d’un corporate noté par Fitch, et les premiers à avoir lancé la ligne de crédit MorSEFF avec d’autres bailleurs pour le financement de projets d’énergie durable via des banques locales. C’est un positionnement que j’entends continuer. Pour les femmes, nous travaillons actuellement sur un projet intitulé «Women in business» qui consistera en des lignes de crédit adossées à de l’assistance technique, à la fois aux banques et aux bénéficiaires. Le Maroc sera le premier pays maghrébin à en bénéficier.

Dans la panoplie de projets financés par la BERD figure Nador West Med (plus de 2 milliards de DH). Qu’est-ce qui vous fait croire que cette zone portuaire sera compétitive à terme, et pourra rivaliser notamment avec le port de Melilia?
Ce projet s’inscrit dans la volonté politique de développer la région et pas simplement la ville de Nador. Le port devrait être opérationnel d’ici 2021. Il reste quatre ans pour développer un écosystème dans la région. Notre évaluation a pris en compte les multiples atouts du port dont son emplacement à proximité des routes vers l’Asie. Son coût de main-d’œuvre est très attractif. Un ensemble d’infrastructures le relieront, à terme, au reste du pays et permettront ainsi le désenclavement de la région. Enfin, en vertu du fait que Nador West Med est l’un des rares ports en eau profonde de la zone, il pourra, à l’instar de Tanger Med, attirer des investissements et susciter des transferts de compétences, qui seront bénéfiques au tissu local.

Hormis le financement, plus globalement, quelles sont vos missions au Maroc?
Notre mission est d’accompagner le pays dans son essor économique. Nous entretenons un dialogue institutionnel avec les autorités autour de projets publics en lien avec le développement du secteur privé. Au Maroc, nous avons retenu plusieurs thèmes, notamment le développement des marches des capitaux, des PMEs, mais aussi les énergies renouvelables dans le cadre de l’ouverture de la haute et moyenne tension au développeur privé. Ainsi avons-nous accompagné le ministère de l’Energie dans la rédaction des décrets relatifs à la loi 13-09. Nous œuvrons également au renforcement du marché des capitaux. La place de Casablanca est une des plus importantes en Afrique et compte consolider sa position. Pour cela, il lui faut offrir de nouveaux outils et diversifier sa palette d’instruments financiers. Nous l’y aidons. Enfin, actuellement, nous assistons le ministère des Finances sur la modélisation d’une courbe de taux pour la dette souveraine. Enfin, nous agissons également pour l’amélioration de la gouvernance d’entreprise.

Les prêts et l’assistance technique vont-ils de pair, ou bien font-ils l’objet de projets distincts?
Les deux cas sont possibles. Il existe un programme soutenu par l’Union Européenne et intitulé «Advisory for small businesses» (appui technique pour PME) qui n’est pas corrélé à notre financement. En cinq ans, nous avons conseillé plus de 330 PME au Maroc. Les missions sont duales. D’une part, un accompagnement par des consultants locaux pour des besoins ponctuels en matière de compétitivité et de développement telles une étude de marché, un business plan, une certification qualité la mise en place d’un nouveau système d’information. De l’autre, il s’agit d’un appui de la part d’experts internationaux métiers comme d’anciens DG ou CFO de grandes entreprises multinationales à la retraite. Il est sûr que, dans certains cas, les entreprises que nous accompagnons seront éligibles à un financement de notre part si elles atteignent une taille critique a moyen/ long terme. Ce n’est pas automatique, mais c’est plus ou moins notre philosophie.

Vous endossez le coût de l’opération?
En grande partie, mais ce n’est pas gratuit. L’entreprise s’acquitte d’une partie du coût de la mission qui oscille entre 10% et 50%; la subvention étant apportée par l’Union Européenne. Il faut comprendre que plus nous aurons des PME fortes, plus celles-ci s’ouvriront sur des marchés locaux ou étrangers, plus elles enregistreront de la croissance. L’UE y tient et cela s’inscrit dans la politique de voisinage. J’ajoute que ces missions sont en grande partie assurées par des consultants locaux que nous formons aux standards de la BERD. L’objectif est donc double: booster l’activité des PME et encourager l’industrie du consulting au Maroc.

Vous avez consenti un prêt de 60 millions d’euros à l’ONEE en vue de l’accélération de l’électrification des zones rurales. Les résultats ont-ils été au rendez-vous?
Il s’agit d’un projet qui s’étale sur 15 à 18 ans et qui combine financement et assistance technique sur plusieurs chantiers, notamment un accompagnement pour la mise en place des normes comptables IFRS. L’ONEE est aujourd’hui pionnier en termes de «compliance», ce qui lui permettra d’attirer plus aisément des financements étrangers.

Les banques locales sont-elles vos concurrentes?
Notre objectif est d’être complémentaire au secteur bancaire. Si un projet peut être entièrement financé par une banque marocaine, nous n’y avons probablement pas notre place.

Votre portefeuille par secteur?
Près d’un tiers dans le secteur financier, 60% dans les infrastructures et l’énergie et le reste dans l’industrie, commerce et agroalimentaire et les fonds d’investissements. Il faut noter que 80% de notre portefeuille est constitué de financements directs.

Quid des 20 millions d’euros placés dans le «Maghreb private equity III», fonds destiné à renforcer la compétitivité des entreprises privées? Un bilan?
Ce fonds à vocation maghrébine, géré par AfricInvest, investit dans une dizaine d’entreprises de la région. Les premières sorties du fonds ont eu lieu et nous sommes satisfaits des performances réalisées, à tel point que nous pensons renouveler notre investissement dans leur fonds suivant. Ces opérations nous permettent de cibler un large éventail d’entreprises le plus rapidement possible tout en nous adossant à une expertise métier très pointue.

Vous avez accordé des prêts importants à Alliance et à Citruma. Or Alliance a frôlé la faillite et Citruma à été revendue deux années plus tard. Des erreurs de parcours?
Je pense qu’une banque de développement doit intégrer la notion de risque dans sa mission surtout que le risque peut parvenir parfois de facteurs exogènes à l’entreprise et à son management. Chaque projet fait l’objet d’une grande rigueur en matière d’évaluation. Nous analysons plusieurs angles à la loupe avant de nous engager. La rentabilité financière ne constitue pas l’unique critère certes, cependant et de manière générale, notre portefeuille de créances douteuses est très faible, il est inférieur à 5%. Ce taux est un des plus bas parmi les institutions de développement.

Dans le cas de Citruma, le prêt  a été accordé à une entreprise évoluant dans un secteur en perte de vitesse, et qui plus est dominé par les importateurs. Le risque n’était-il pas manifeste?
Tout au début Citruma était en bonne forme et compétitive, mais malheureusement le marché a changé défavorablement.  Néanmoins, deux cas problématiques sur une trentaine d’investissements, cela ne me paraît pas particulièrement alarmant.

Quid des conditions d’octroi de crédit, type taux d’intérêts. Etes-vous plus ou moins chers que ce que propose le marché bancaire classique?
Cela dépend des produits. La ligne MorSEFF, dédiée à l’efficacité énergétique pour les PME, a été prêtée à des taux de marché, mais a bénéficié d’un soutien technique gratuit à la banque comme à l’emprunteur. La BCP et la BMCE ont toutes deux bénéficié de ce dispositif. Nos équipes d’ingénieurs conseillent à la fois la banque et l’emprunteur sur le type d’équipements à acheter pour réduire la facture énergétique par exemple, en évaluant techniquement le projet. C’est cela qui permet de concevoir des produits innovants et de monter en gamme pour la banque en termes de compétences. Lorsque la ligne sera relancée, le besoin en ingénieurs-formateurs sera moindre, car, entretemps, les banques auront étoffé leur staff en cadres ayant bénéficié de nos formations.

Dans le cas d’un cofinancement avec une banque de la place, comment vous entendez-vous sur les taux?
Nous pouvons être soit en ligne avec le marché, soit un petit peu plus cher. Nous fournissons un service de qualité, une palette très diversifiée d’instruments et surtout un partenariat privilégié de long terme. Nous sommes une banque triple A avec une base d’actionnaires extrêmement large, nous opérons dans 37 pays d’opérations, nous finançons à la fois de l’equity et de la dette, nous proposons de l’appui technique, nous entretenons un dialogue institutionnel avec les autorités locales etc. Enfin, et nos clients le reconnaissent, c’est un gage de qualité que d’avoir la BERD comme partenaire financier et technique. Il s’agit d’un label international qui ouvre des portes. Tout cela a fatalement un coût, même très léger.

Vous passez le plus souvent par une banque locale pour financer les PME. Comment vous assurez-vous que les prêts ont bien bénéficié aux récipiendaires?
Par la voie d’un reporting trimestriel des banques partenaires, comprenant des critères financiers et économiques que nous vérifions scrupuleusement. Nous sommes en train de dérouler un dispositif de contrôle plus affiné que par le passé.

Sur les entreprises que vous accompagnez techniquement, y a-t-il un avant et un après BERD?
Tout à fait. La différence est conséquente. Notre programme d’appui technique aux entreprises a généré près de 1.700 emplois. 70% des entreprises ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 50% en moyenne et plus de 60% ont vu leur productivité s’accroître de 50%.

En Pologne, la BERD a appelé l’Etat à accélérer la privatisation des entreprises publiques. Pensez-vous que le Maroc doit faire de même?
Notre rôle est de soutenir l’éclosion d’une économie de marché ouverte et inclusive. Mais chaque pays privatise selon un rythme propre. Au Maroc, le secteur privé est relativement important. La plupart des banques sont, à titre d’exemple, à capitaux privés.

Vous diriez que l’état actuel de privatisation de la sphère publique au Maroc est satisfaisant pour la BERD?
Le Maroc a réalisé des progrès substantiels dans son programme de privatisation depuis le début des années 2000. En conséquence, le programme de privatisations, à l’exception des services publics et des ressources naturelles, est maintenant presque achevé. Nous souhaitons d’abord accompagner le Maroc dans son effort de diversification, l’aider à monter en gamme dans les chaînes de valeur internationales, l’objectif étant de demeurer attractif et compétitif vis-à-vis des investisseurs internationaux et ce, au-delà des métiers mondiaux comme l’automobile et l’aéronautique.

Vous renforcez votre présence avec un second office à Tanger. Cela répond-il à quel besoin en particulier?
Nous venons juste d’inaugurer notre bureau de Tanger. Il sera essentiellement dédié à l’appui technique aux PME. On constate paradoxalement qu’en dépit de l’effervescence que connaît la région, la base de consultants qui y sont établis n’est pas suffisante. D’où l’accent qui sera mis sur le conseil local afin de former ces consultants aptes à répondre aux demandes des PME/PMI locales. Nous avons des ambitions très fortes sur le nord du Maroc. Il s’agit là d’une région motrice avec un PIB en forte croissance, des IDE conséquents et des capacités d’export largement supérieures à la moyenne du pays, le but ultime étant d’approfondir l’écosystème existant.

Une ville comme Al Hoceima nous l’avons vu, souffre d’un besoin pressant d’activité économique. La BERD y prévoit-elle un programme spécifique?
Elle est déjà dedans. Il faut savoir que le bureau de Tanger sert les deux regions administratives Tanger Tetouan Al Hoceima et l’oriental ;le désenclavement régional et l’inclusion sont des thèmes centraux pour la BERD. Cela passe par l’amélioration de l’accès au financement et aux opportunités économiques. Dans l’absolu, notre stratégie vise l’échelon national. Or, si nous recevons des demandes locales, nous sommes tout à fait disposés à les étudier.

Vous êtes en quelque sorte un trait d’union entre le Maroc et les marchés internationaux. Que pense-t-on du Maroc en tant que destination d’investissement en ce moment, sachant que le rythme des IDE s’est ralenti ?
De manière générale, nous sommes très confiants par rapport au Maroc. Le climat des affaires y est favorable et plusieurs incitations sont proposées aux investisseurs institutionnels. Néanmoins, le Maroc se situe dans une région qui, pour certains acteurs internationaux, présente beaucoup de risques. Quand vous discutez avec certains investisseurs ou des Family Office, notamment au Moyen-Orient, la région Afrique du nord est considérée dans sa globalité. Peu de place est laissée à la nuance et l’amalgame est vite fait. Il faut vraiment observer la région à la loupe pour être conforté par les attraits du Maroc. Je pense que le royaume mène une campagne extraordinaire de communication à l’international.

Le rythme d’investissement engagé par le Maroc (à savoir 30% du PIB) est l’un des plus importants au monde. Les objectifs de rendement, en revanche, ne sont pas au rendez-vous. Ce rythme n’est-il pas alarmant à votre avis?
L’investissement public est nécessaire, mais pas suffisant. Les chantiers réalisés ces 20 dernières années sont colossaux. Mais il faudra que le relais soit pris par le secteur privé. C’est aux opérateurs privés ainsi qu’au secteur financier de prendre la relève pour créer des emplois. Dans ce cadre, nous suivons avec beaucoup d’intérêt les amendements majeurs qui seront apportés à la charte d’investissement au Maroc et aussi les retombées pevisionnelles du plan d’accélération industrielle avec la mise en place d’écosystèmes sectoriels.

Que pensez-vous du fait que les efforts d’investissement soient souvent portés par un capital étranger et non domestique?
Je n’ai pas les chiffres exacts. Mais il ne faut pas s’en plaindre. Il faut accueillir cela les bras ouverts surtout si l’on prend en compte les difficultés que connaît la région. Mais je le redis, la relève se doit d’être prise par le secteur privé, notamment au niveau des compétences humaines qui doivent se mettre au diapason des besoins. L’accent doit être mis sur la formation et l’éducation de manière générale, ainsi que le tissu des PME qui doivent pourvoir répondre à des appels d’offres afin que l’ensemble des maillons de la chaîne s’imbrique dans une logique d’efficacité et de création de valeur.

Ne pensez-vous pas que les IDE ciblent davantage la rentabilité que l’épanouissement d’un écosystème de compétences locales qui aurait l’avantage d’enraciner la croissance. Que cela ne soit pas simplement des «one shot»?
Je ne le pense pas. Tout simplement parce que les opérateurs étrangers ont besoin de main-d’œuvre qualifiée. A ce propos, nous lançons un programme d’appui à la compétitivité (ou «Trade & competitiveness»), qui cible un certain nombre d’agrégateurs autour desquels se déploient des fournisseurs locaux. Le but est d’analyser la qualité de l’output des fournisseurs pour leur offrir une assistance technique personnalisée visant à améliorer la qualité de la production destinée à l’agrégateur dont ils dépendent.

Sur une échelle régionale plus restreinte, qu’est-ce qui différencie la BERD de la BEI (Banque européenne d’investissement). Pourquoi y a-t-il eu besoin au sein de l’UE de créer deux institutions supranationales, qui financent grosso modo les mêmes types de projets?
La BEI (Banque Européenne d’investissement) c’est la banque de l’UE. Nous avons 67 pays actionnaires dont les plus gros pays actionnaires ne sont pas européens tels que le Japon, les Etats-Unis ou le Canada. Par conséquent, nous sommes davantage la banque du G7 et de l’Union européenne ainsi que tous nos pays d’opérations dont la Chine, devenue depuis peu actionnaire. Ensuite, nous sommes plus jeunes (la BERD a été créée en 1991) avec un mandat géographique plus restreint (37 pays) et une mission première qui était de soutenir la transition vers l’économie de marché des anciens pays du bloc de l’Est. Enfin, nous sommes la banque du secteur privé et financier, ce qui nous différencie de la plupart des banques de développement. Sur les 9,5 milliards que nous investissons chaque année, plus de 80% sont consacrés aux secteurs privé et financier. La BEI est actuellement plus axée sur le secteur public et les grands projets d’infrastructures et d’énergies. Dernier élément, notre présence locale est forte. Nous sommes plus décentralisés et agissons avec une force de frappe importante sur les investisseurs internationaux qui peuvent s’intéresser aux pays où nous sommes implantés.

En termes d’engagements de la BERD, à quel rang le Maroc se situe-t-il parmi les pays de la région?
Le Maroc est deuxième derrière l’Egypte.

Y a-t-il du nouveau par rapport aux émissions obligataires en monnaie locale? Les négociations sont-elles toujours en cours avec Bank Al-Maghrib?
Nous avons beaucoup discuté avec BAM, le ministère des Finances et l’AMMC dans le cadre de l’accord de siège entre la BERD et le Maroc. Il faudra remplir une batterie de critères réglementaires avant que nous ne puissions procéder à une émission obligataire en monnaie locale. C’est un agenda de moyen terme que nous espérons pouvoir réaliser car cela participerait à fortement dynamiser la place et à ouvrir, ce faisant, la voie à d’autres institutions internationales.

Pour quelle raison le Maroc, membre fondateur de la Banque, n’a obtenu le statut de «pays d’opération» par le conseil de la BERD qu’en 2012? 
Cela découle d’une demande du pays concerné. Le Maroc a fait une demande en 2011, qui a été approuvée en 2012, suite à un processus interne d’évaluation. Le dernier pays en date à obtenir le statut de pays d’opération est le Liban, il y a de cela quelques mois.

Une passion nommée PME

Marie-Alexandra Veilleux-Laborie est une tête bien faite. Diplômée d’HEC Paris, elle déroule son jargon d’entreprise à la perfection jonglant avec habileté entre montages financiers complexes et stratégies de déve- loppement pays. Pur produit de la BERD au sein de la- quelle elle gravit les échelons jusqu’à devenir directrice en charge de la Tunisie, puis récemment du Maroc, elle maîtrise les rouages des flux de capitaux internationaux et semble parfaitement outillée pour mener des dialo- gues de haute volée avec les pouvoirs publics. Derrière cette carapace corporate parfaitement hermétique, l’on sent néanmoins poindre une appétence particu- lière pour l’élément humain. Lorsqu’elle parle d’appui technique aux PME gérées par des femmes et de la nécessité de générer des opportunités d’emploi pour les jeunes dans le secteur privé, son débit se fait plus lent, plus concerné et ses yeux s’éclairent d’un début de passion. Certes, les objectifs de rentabilité sont au coeur de sa mission, mais plus qu’une technocrate stéréotypée, elle laisse transparaître la volonté de faire monter en gamme les compétences humaines et semble davantage pencher pour les missions de conseil que pour l’activité purement crédit de la BERD. Vous avez dit atypique?