NATIONALISMES ET MONDIALISATION

Point de vue juillet 2017

NATIONALISMES ET MONDIALISATION

Le Forum annuel de l’IMRI s’est tenu les 19 et 20 mai 2017 à Casablanca sur le thème «La montée des nationalismes: Quel avenir pour la mondialisation?». Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, il a été ouvert par Monsieur Youssef Amrani, chargé de mission au Cabinet Royal et ancien ministre délégué aux Affaires étrangères et à la Coopéra- tion. Le Forum a été animé par 26 intervenants venus du Maroc, Algérie, France, Sénégal, Suisse, Tunisie et plus de 150 participants ont suivi les débats.
Le Forum a adopté les re- commandations suivantes: 1) Condamnation du nationalisme qui préco- nise la fermeture des fron- tières, le protectionnisme économique, la préférence nationale, l’arrêt de l’immi- gration et la négation du changement climatique. C’est une menace pour la paix et la prospérité mon- diale. C’est ce qu’a déclaré le Président François Mitterard en 1995 devant la Parlement européen: «Le nationalisme, c’est la
guerre».
2) La mondialisation prône le libéralisme économique, le libre-
échange, la libre-circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, la lutte commune contre le changement climatique. Grâce à elle, des millions de personnes sont sorties de la pauvreté et plusieurs pays ont connu l’émergence d’une classe moyenne.
3) La mondialisation a eu également des éléments négatifs: les laisser-pour-compte, l’accentuation des inégalités sociales, la baisse des salaires et des conditions de travail et même la ferme- ture d’usines du fait des délocalisations. Elle est la cause principale de la grave crise économique mondiale 2008-2009, du fait de la déréglementation du système financier international.
4) Pour corriger les effets négatifs de la mondialisation, le Fo- rum recommande:
• Une réforme des institutions économiques internationales en donnant plus de pouvoirs aux pays émergents et en développe- ment.
• Un élargissement des attributions du FMI pour réglementer la finance internationale afin d’éviter de nouvelles crises.
• Attribution de nouvelles ressources à la Banque mondiale qui doit considérer que son principal rôle est la lutte contre la pauvreté dans le monde.
• Réforme de l’OMC afin d’accorder aux Etats membres une marge de manœuvre en termes de protectionnisme pour faire face à des risques majeurs.
• Renforcement des pouvoirs de l’Organisation mondiale du travail pour établir de nouvelles normes, et mieux contrôler les conditions de travail dans tous les Etats membres.
5) Renforcer les pouvoirs des Etats sur le contrôle de l’économie au détriment des entreprises multinationales et assurer une plus grande flexibilité aux pays surendettés pour le remboursement de
leur dette. Tous les Etats doivent assurer une par- faite égalité entre l’homme et la femme, dont le rôle est primordial dans le dé- veloppement économique et social.
6) Sur le plan national, chaque Etat doit donner des compensations aux perdants de la mondia- lisation en assurant des filets de sécurité, un bon niveau de protection so- ciale et des soins de santé performants. L’Etat doit fournir à tous les citoyens
un enseignement de qualité et des compétences pour s’adapter à l’évolution moderne de l’économie. Il doit également redistribuer les richesses du pays par le biais de la fiscalité.
7) L’Afrique, qui s’est ouvert sur la mondialisation, doit béné- ficier d’un véritable plan Marshal pour accélérer son développe- ment économique et social. Il doit en outre changer de modèle de développement, en transformant sur place les matières premières avant de les exporter. Pour cela, le continent doit développer im- pérativement son électrification et son industrialisation.
8) Il faut encourager par tous les moyens la coopération Sud- Sud, qui est basée sur le partenariat gagnant-gagnant, et sur l’as- sistance aux pays les moins avancés. Le partenariat Maroc-Afrique subsaharienne peut être pris à ce titre comme exemple. Le Forum a déploré le manque d’intégration de l’Afrique du Nord.
9) Jusqu’à maintenant, le Maroc n’a pas encore bénéficié en- tièrement de son ouverture à la mondialisation. Il doit diversifier géographiquement son commerce extérieur, améliorer sa compé- titivité et son développement humain, pour gagner de nouvelles parts sur le marché mondial. Il doit également accélérer son industrialisation.