Positive altitude

Entreprises novembre 2016

Positive altitude

Les opérateurs aériens sont confiants quant à l’avenir du marché. Augmentation des fréquences, nouvelles destinations, développement des liaisons… Les années noires feraient-elles partie du passé? Pas si vite!

Tout semble aller pour le mieux pour les compagnies aériennes low cost au Maroc. En tout cas, c’est ce que confirment ces dernières auprès de notre magazine. Elles s’attendent même à un bon cru pour l’année 2017. Avec près de 10 ans de présence au Maroc, Transavia renforce sa position en ajoutant 16% de sièges supplémentaires par rapport à l’été 2016. La filiale d’Air France KLM réaffirme donc sa position et sa stratégie d’expansion au Maroc. «Nous sommes fiers de renforcer notre présence sur le marché marocain. Le Maroc est un marché clé pour nous où nous voulons continuer à nous développer. Il représente 15 à 20% de notre réseau global», déclare Hervé Kozar, directeur général adjoint commercial de Transavia. Au départ de l’Aéroport Paris Orly, la compagnie française dessert six destinations marocaines: Marrakech, Oujda, Casablanca, Fès,  Essaouira et Agadir. De son côté, Jetairfly, filiale du tour opérateur TUI, va également renforcer sa présence, «dans le but de répondre à la demande croissante de nos clients MRE, touristes européens et marocains résidant au Maroc, nous lançons trois nouvelles lignes vers la France et les Pays-Bas cet hiver», assure Meriem Belyasmine, Marketing manager Jetairfly Maroc.

Restructuration
Un vent de renouveau plane sur le secteur. Il est fini le temps où les opérateurs aériens réduisaient leurs fréquences et/ou fermaient plusieurs destinations. Rappelons-le, il y a de cela quelques années, le secteur aérien au Maroc comme partout dans le monde avait été durement frappé par la crise financière qui a freiné le tourisme, ajoutées à cela, les fluctuations du prix du pétrole, qui ont impacté négativement le secteur. De surcroît, le printemps arabe a retardé la reprise tant attendue. Tout cela a engendré des mesures d’adaptation. Les opérateurs aériens avaient annoncé des stratégies de restructuration drastiques, telles Jet4you, qui s’est alliée avec la compagnie belge JetAirfly, Air Arabia et Easyjet qui ont baissé la fréquence sur des lignes Maroc-France. Easyjet s’était même retirée du marché marocain. Il n’empêche que les compagnies aériennes low cost sont en train de reprendre leur souffle. Aujourd’hui, le Maroc est le principal Hub pour le voyage et le tourisme dans la région. Ces dernières, constatent qu’un certain nombre d’IDE prennent la direction du Maroc. Le royaume promet également d’être un hub logistique très important pour développer les échanges Nord-Sud, et Est-Ouest.

Les compagnies aériennes low cost sont en train de reprendre leur souffle

Croissance
«Le secteur aérien a été affecté par les derniers évènements qu’ont connus le monde et l’Europe. Cependant notre Business Modèle qui est basé sur la flexibilité nous a permis de maintenir notre efficacité et notre développement», affirme Laila Mechbal, directrice générale d’Air Arabia Maroc. La compagnie marocaine a connu une croissance annuelle soutenue, en agrandissant sa flotte et en transportant, de ce fait, plus de passagers. La flotte actuelle du transporteur est constituée de 5 nouveaux Airbus  A320. Air Arabia dessert actuellement 34 routes en Europe au départ de cinq aéroports marocains, à savoir Casablanca, Tanger, Nador, Fès et Marrakech. «Depuis son lancement, la stratégie d’Air Arabia Maroc a été orientée vers le développement des connections entre le Maroc et différentes destinations dans le but de contribuer au développement du voyage et du tourisme du royaume», explique la directrice générale du transporteur marocain.
Le directeur général de Jetairfly Abdelkader Hsi assure, de son côté, que «de manière générale, nous croyons au potentiel du secteur aérien au Maroc. Même en temps de crise, nous continuons à investir et à nous développer. D’ailleurs, dès ce mois-ci, Jetairfly portera un nouveau nom: TUI fly. Le changement de nom fait partie d’un plan stratégique visant à renforcer la position de la compagnie, avec des ambitions de croissance et de nouvelles formules de voyage pour le consommateur». La flotte de Jetairfly, qui transporte plus de 800.000 passagers par an, se composera de 27 avions, dont 4 avions Boeing 737 supplémentaires. La compagnie low cost Ryanair, quant à elle, assure être toujours intéressée par le développement de nouvelles lignes au Maroc. Avec une flotte de 353 Boeing 737-800 et une commande de 315 Boeing 737 additionnels, Ryanair sera en mesure de réduire les tarifs et d’augmenter son trafic à 180 millions de passagers par an d’ici 2024. «Nous nous réjouissons de pouvoir développer de nouvelles liaisons à destination/en provenance du Maroc, ainsi que de promouvoir le tourisme, le trafic et l’emploi au Maroc dans les années à venir, à condition que les coûts aéroportuaires de fonctionnement restent compétitifs pour les compagnies aériennes», assure Yann Delomez, Responsable ventes et marketing  Maroc, France et Benelux. Pour la compagnie, tout impôt, ou coût injustifié, tel que la taxe sur les passagers aériens introduits en 2014 au Maroc, constitue un obstacle à une croissance plus rapide des activités de Ryanair. La suppression de cette taxe permettra à Ryanair de développer encore plus de lignes. Rappelons qu’en 2012, Ryanair avait déploré la situation de monopole des services de handling dans les aéroports marocains.

Oui Mais
Mais voilà, la course effrénée des opérateurs aux marges, écorne la profitabilité de ces derniers. Ce qui pose la question du modèle économique de ces opérateurs dans un pays émergent comme le Maroc. Un Observateur du secteur, préférant garder l’anonymat, dénonce leur modèle, en assurant que «certaines compagnies low cost perçoivent des subventions cachées de la part des autorités. Elles jouent au bonneteau avec l’Etat. Elles tendent leur sébile aux autorités pour obtenir un maximum d’argent public, arguant à chaque fois que leurs avions se posent sur le tarmac d’un petit aéroport national, que l’économie locale en profite». Autre problématique, celle de la qualité des services qui est aussi à prendre en considération dans le modèle économique des compagnies low cost. Visiblement, la fidélisation des passagers n’est pas une priorité. «Ces compagnies aériennes peuvent cesser leur activité sur le territoire quand elles veulent! Elles peuvent sans problème avoir une présence saisonnière sur un territoire. En basse saison, rien ne les empêche de plier bagages et ne pas reprendre leur activité la saison qui suit». Toutefois, les opérateurs sondés assurent qu’ils donnent une place importante à ce volet, puisqu’ils considèrent que c’est ce qui permet  la pérennisation de leur activité sur le long terme. Et la RAM dans tout ça? L’opérateur historique national fait tout pour verrouiller ses parts de marché. «Pour faire face à la concurrence en général, Royal Air Maroc a concentré son activité autour du hub de Casablanca par le développement du trafic de continuation et l’ouverture de 2 à 3 nouvelles routes chaque année. Ainsi, RAM est passée en Afrique subsaharienne de 6 fréquences hebdomadaires sur 8 marchés en 1997 à 70 fréquences hebdomadaires sur 15 marchés en 2007, et à plus de 150 fréquences hebdomadaires sur 33 destinations en 2016», explique un responsable de la RAM. En tout cas, la reprise n’est pas chiffrée, puisqu’elle n’émane que des ambitions des opérateurs aériens pour l’année prochaine. Rien n’est donc sûr! Si la conjoncture actuelle laisse entendre que le modèle économique des compagnies low cost est fructueux, on peut quand même se poser la question de leur pérennité. Surtout dans un contexte de reprise des prix des hydrocarbures. Ce qui signifie que leurs charges vont croitre en conséquence. Des défis de taille attendent donc ces derniers. Il faudra patienter pour savoir si leur optimisme actuel est à conjuguer au futur.