Le Brexit, Quelles conséquences ?

Point de vue août 2016

Le Brexit, Quelles conséquences ?

Lors du référendum du 23 juin 2016, les Britanniques ont voté à 51,9% le Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. L’histoire des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est assez particulière. Rappelons que le Général de Gaulle, dans un discours du 14 janvier 1963, avait refusé l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne affirmant que «cela poserait des problèmes d’une très grande dimension». Finalement admis dans l’Union en 1973, le Royaume-Uni a été un mauvais élève souhaitant seulement l’instauration d’une zone de libre-échange. C’est ainsi qu’il n’a participé ni à l’Accord Schengen, ni à la monnaie unique l’euro, et s’est toujours opposé à tout approfondissement de l’Union.
Malgré les nombreuses dérogations obtenues de la part de l’Union européenne, un fort mouvement d’eurosceptisme s’est développé dans le Royaume-Uni encouragé par le parti UKIP (UK independence party) et qui a touché également les partis traditionnels conservateurs et travaillistes. C’est ainsi que David Cameron, Premier ministre conservateur, a promis lors des élections législatives de 2015 d’organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Malgré de nouvelles dérogations qu’il a pu obtenir de l’Union européenne et une campagne active pour le maintien, c’est finalement le Brexit qui l’a emporté avec 51,9% de voix et une participation de 72% des électeurs.
Le Brexit a eu des conséquences immédiates sur le Royaume-Uni. La Bourse de Londres dès le 24 juin 2016 a baissé de 3,15% et la livre sterling a perdu 12% par rapport à sa valeur antérieure du Brexit. Le Royaume-Uni a également perdu le triple A de la part de deux agences de notation. Il y a aussi risque de perte d’emplois au profit de l’Europe continentale de la part des banques et de sièges des grandes entreprises internationales. Plus graves encore sont les conséquences institutionnelles puisque l’Ecosse, l’Irlande du Nord et Gibraltar sont favorables au maintien dans l’Union européenne. Les citoyens du Royaume-Uni vivant en Europe continentale pourraient également avoir des problèmes de libre circulation, tandis que leur couverture sociale et leur retraite pourraient être menacées. Quant à l’Union européenne, le Brexit lui a fait perdre un membre important puisque le Royaume-Uni est la deuxième puissance européenne et la cinquième puissance mondiale. Il y a également le risque de l’effet domino dans la mesure où d’autres pays membres seraient tentés de quitter l’Union.
L’UE va connaître pendant au moins deux ans une période de flottement et d’incertitude, tant que les négociations avec le Royaume-Uni ne seront pas achevées. Aussi, les Etats restants de l’Union européenne ont-il intérêt à redonner confiance à leur peuple en relançant l’économie, en assurant une meilleure gestion de la migration et de la sécurité. Il faut aussi réfléchir à moyen terme à une nouvelle refondation de l’Union européenne pour assurer sa pérennité.
Le Maroc est lié par un Accord d’Association avec l’Union européenne qui comprend le Royaume-Uni. Le statut actuel est l’exonération des droits de douane pour les produits industriels et des contingents tarifaires pour les produits agricoles. Ce statut sera maintenu tant que de nouvelles négociations ne seront pas achevées entre le Maroc et le Royaume-Uni. Rappelons que le Royaume-Uni est le 7ème client du Maroc et 14ème fournisseur, tandis que les investissements britanniques au Maroc sont très faible de l’ordre de 1% des investissements totaux. Le Maroc pourrait négocier avec le Royaume-Uni de meilleures conditions d’exportation pour ses fruits et légumes puisque la réglementation de l’UE ne serait plus appliquée.
En conclusion, le Brexit du 23 juin 2016 est un évènement historique qui va remodeler le Royaume-Uni lui-même, avec le risque de désintégration, ainsi que l’Union européenne qui doit se réformer pour assurer sa pérennité. A plus long terme, l’UE, si elle stagne dans sa situation actuelle, risque de ne plus faire partie courant ce XXIème siècle des grandes puissances potentielles: Etats-Unis, Chine, Inde, Russie. Le Maroc qui est très lié à l’UE doit suivre très attentivement l’évolution de cette Union, et en tout cas doit poursuivre la diversification de son économie vers d’autres destinations en Afrique, Asie et Amérique.