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ONEE bradé au profit de Lydec

Entreprises avril 2015

ONEE bradé au profit de Lydec

Affaibli, l’Office est obligé de céder près de 6% de son chiffre d’affaires à la Lydec sous l’impulsion des autorités à Casablanca. Entre la pression du calendrier politique et les agendas des diverses parties prenantes, c’est l’ONEE qui en sortira appauvri.

C’est un vrai bras de fer qui se joue entre les autorités de Casablanca (ville et Wilaya) et l’ONEE concernant le processus d’harmonisation des périmètres de distribution d’eau, d’électricité et de gestion de l’assainissement liquide dans le Grand Casablanca. Dit en plus clair, il s’agit de confier la gestion des services de distribution d’électricité, d’eau potable, et d’assainissement liquide dans la Région du Grand Casablanca à un seul opérateur qui n’est autre que la Lydec, filiale de Suez Environnement. En effet, certaines communes de la région dépendent toujours de l’ONEE. Il s’agit de Lissasfa, Ouled Salah, Sdi Maarouf, Mediouna, Ahl Loghlam, Ben Yakhlaf et Chellalat. Ces sept communes devront passer entièrement sous la coupole de Lydec. Du fait d’une convention signée le 26 septembre 2014, elle-même, faisant suite au contrat programme signé entre l’Etat et l’ONEE, l’office public a été obligé de céder à l’autorité délégante ses activités de distribution d’eau-électricité-assainissement. En contrepartie, la ville doit payer le montant de la transaction sur les infrastructures (voir encadré) pour les mettre ensuite à la disposition de la Lydec. Manque à gagner pour l’ONEE: 1,6 milliard de dirhams de chiffre d’affaires et 400 millions de dirhams de marge annuellement. Alors que l’office subit une cure d’amincissement forcée,  voici que son patrimoine commence à fondre.

Privatisation des bénéfices
«Nous ne forçons personne, ceci est une compétence communale rentrant dans le cadre de la régionalisation. C’est d’ailleurs permis par l’article 32 de la charte communale», affirme une source au ministère de l’Intérieur. Au niveau de l’ONEE, on ne voit pas les choses de cet œil. «C’est une volonté manifeste de démembrer l’Office», affirme un haut cadre de l’entreprise. De plus ajoute-il, «si on veut vraiment sauver l’ONEE pourquoi on n’a pas opté pour une harmonisation en faveur de l’ONEE plutôt qu’en faveur de la Lydec?». Notre cadre du ministère de l’Intérieur a lui un autre avis: «l’ONEE est un bien commun de tous les Marocains. L’Etat ne le laissera jamais tomber. Mais il faut savoir que le monde est en train de changer, regardez ce qu’est devenu Maroc Telecom après sa privatisation». Se dirige-t-on vers une privatisation des bénéfices et une socialisation des pertes pour un Office générant prés de 25 milliards de chiffre d’affaires?
Il s’agit en fait de 300.000 clients de l’ONEE qui se verront soumis à la gestion de l’opérateur français d’une manière directe sans appel d’offres. Un point problématique dans la mesure où selon l’article 5 de la loi 54-05 relative à la gestion déléguée des services publics il y a une mention spéciale liée à un appel à la concurrence pour le choix du délégataire, «en vue d’assurer l’égalité des candidats l’objectivité des critères de sélection, la transparence des opérateurs et l’impartialité des décisions». D’autant plus que l’harmonisation porte sur une restitution d’un service communal (et des actifs associés) aux communes qui en ont la compétence.

«L’ONEE reçoit énormément de pression pour céder et transférer ses actifs à Casablanca à la ville au plus vite»

Pression sur l’office
«L’ONEE reçoit énormément de pression pour céder et transférer ses actifs à Casablanca à la ville au plus vite», affirme, alarmée, une source proche du dossier. En effet, alors que la convention a été signée en septembre, les réunions se sont accélérées depuis le réchauffement des relations franco-marocaines en février 2015. Objectif souhaité:, «boucler ce dossier avant avril». L’ONEE serait-il sacrifié sur l’autel des relations France-Maroc? Pour le moment, l’Office joue le temps en imposant une évaluation externe de son patrimoine. Mais cette cession semble désormais inéluctable. Le plus grand bénéficiaire sera visiblement Lydec qui en plus de récupérer le patrimoine de l’Office gratuitement de la part des autorités de la ville, récupérera au bas mot les 400 millions de marge que réalise l’ONEE. Ces marges seront par ailleurs bien arrondies puisque le différentiel de prix entre l’opérateur privé et l’office se situ entre 7 à 8 % pour la basse tension destinée au ménage et la moyenne tension destinée aux industriels et 25% pour la basse tension force motrice destinée aux industriels. Une pilule qui passera très mal pour les quelques 1.300 industriels des régions visées.
«Certains veulent coûte que coûte doter Lydec de moyens pour qu’elle puisse remplir sa part du contrat de gestions déléguée», affirme une source sous couvert d’anonymat. En effet, Casablanca a besoin de beaucoup d’investissements dans les systèmes d’assainissement de la ville. Le fait que Lydec ne puisse pas avoir sous son contrôle l’ensemble des services notamment la distribution d’électricité l’empêche d’avoir une péréquation des investissements entre les différentes composantes. D’autant plus que le taux de perte au niveau de la distribution de l’eau est de 30% à cause des fuites et des canalisations, alors que la perte dans l’électricité est moins de 6%. En quelque sorte se sont les marges de distribution d’électricité qui dégagent le plus de résultat. Or, l’opérateur a besoin des revenus de distribution d’électricité (avec la plus grosse marge) pour financer son programme d’investissement réalisé, comme l’a confirmé le dernier rapport de la court des comptes, à hauteur de seulement 26% alors que l’opérateur est présent depuis 1996. La ville voudrait elle offrir un nouveau cadeau à l’opérateur français? Contacté par nos soins le maire est resté injoignable. L’autre raison qui pourrait expliquer cette précipitation est l’approche des échéances électorales. Tout est donc fait pour que ce dossier soit bouclé au plus tard avant juin, car une augmentation des prix n’est jamais bienvenue avant un vote, et si ce n’est pas fait avant, cela risque de trainer au moins une année avec le risque de voir une nouvelle majorité au niveau du Conseil de la Ville et qui ne porterait pas spécialement Lydec dans le cœur. Un dossier qui a tous les ingrédients pour être explosif!

Autres questions en suspens

Outre ces questions légales, le bras de fer entre la ville et l’ONEE concerne le prix de session des actifs. Ainsi en vue de dépenser le moins possible la ville de Casablanca a proposé une évaluation au juste prix avec la méthode de la Valeur Nette Comptable c’est-à-dire le cout historique moins les amortissements, ce qui dépréciera clairement le patrimoine de l’Office mais épargnera les deniers de la ville. L’ONEE quant à lui semble de plus se diriger vers une évaluation indépendante du prix de la valeur transactionnelle c’est-à-dire au prix du marché. Un différentiel d’approche qui retarde le règlement du dossier. Autre point en suspens c’est le calendrier d’apurement des créances nettes détenues par l’ONEE sur l’autorité délégante dont notamment celles relatives à la RAD d’un montant de prés d’un milliard de dirhams. Alors que l’ONEE veut que ce point soit traité en premier, les autorités de la ville souhaitent conclure un accord préalable de cession puis négocier par la suite cette créance non payée depuis 20 ans.