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L’auto-production gagne du terrain

Entreprises avril 2015

L’auto-production gagne du terrain

Progrès économique rime avec développement durable et respect de l’environnement. Lafarge Maroc l’a prouvé. Mais le modèle du cimentier est-il généralisable aux autres industries? 

Une entreprise a réussi le pari de s’alimenter quasi exclusivement en énergies propres: Lafarge Maroc. En effet, 85% du total des besoins en électricité des sites de production du cimentier sont d’origine éolienne. Un modèle applicable à d’autres industries? «Oui», martèle Said Mouline, directeur général de l’Aderee. «Tous les gros consommateurs qui sont en haute tension à l’ONEE peuvent suivre le modèle de Lafarge Maroc», affirme-t-il. En effet, «tout industriel, qui a une certaine consommation, est libre d’investir dans la production d’énergie renouvelable», précise Ahmed Squalli, président de l’Association marocaine des industries solaires et éoliennes (Amidole). C’est même avantageux pour ces industriels de se convertir à l’énergie verte car, selon Mouline, «c’est plus rentable. L’électricité est en augmentation constante, alors qu’avec les énergies renouvelables, le prix du kilowatt (kW) est connu sur les 20 prochaines années». C’est ce qu’affirme d’ailleurs Ahmed Nakkouche, président directeur général de Nareva, en déclarant à Jeune Afrique, dans son édition du 2 mai 2014: «Nous signons des contrats pour une durée de vingt ans. Nos clients savent donc d’ores et déjà combien leur coûtera l’électricité sur une longue période et n’ont pas à se soucier des perturbations des marchés internationaux du pétrole ou du charbon».

Des gros comptes s’y mettent
D’ailleurs, Nareva compte déjà un certain nombre de clients à son actif, dont Sonasid, ONCF, Managem, OCP, Samir et Air Liquide. En effet, deux options se présentent pour les intéressés: soit investir et développer eux-mêmes leur propre parc de production d’énergie renouvelable, soit via un partenariat avec un développeur privé comme cela est le cas pour Lafarge Maroc et Nareva. Ayant investi dans un premier parc d’éolienne, destiné à alimenter sa cimenterie de Tétouan, quelque 500 millions de dirhams pour une capacité de 32 mégawatt (MW), Lafarge a décidé de s’allier à Nareva pour les usines de Bouskoura et Meknès.
Quant à l’investissement, celui-ci serait «amortissable sur une durée de 7 à 10 ans pour l’éolien et 25 à 25 ans pour le solaire», selon Mouline, sachant que le matériel est garanti sur une durée de 20 à 25 ans et le prix du matériel aurait diminué ces dernières années de 25%. «Cette baisse est due essentiellement à la crise financière mondiale de 2008. C’est à ce moment-là qu’un grand nombre de développeurs aux Etats-Unis et en Europe étaient contraints d’annuler leur commande auprès des fabricants d’éoliennes», explique Adil Bennani, Business Development Manager d’Acwa Power Maroc. Lafarge n’est pas le seul cas de réussite d’une autoproduction de l’électricité en renouvelable.

«Tous les gros consommateurs qui sont en haute tension à l’ONEE peuvent suivre le modèle de Lafarge Maroc»

Mea culpa
Il y a aussi Ciments du Maroc. Italcementi Group prévoit, selon la communication du groupe, d’assurer, à terme, environ 30% de la consommation de sa filiale Ciments du Maroc en énergie propre. En effet, cette dernière a investi 100 millions de dirhams dans le parc éolien de son centre de broyage à Laâyoune et quelque 30 millions de dirhams pour le parc thermo-solaire de sa cimenterie d’Aït Baha. Mais il semble, d’après les experts, que pour que l’éolien soit compétitif, la localisation du site de production doit être à proximité de l’usine métier. Autrement, l’on devra passer par le réseau ONEE, ce qui revient à acheter de l’électricité au prix du marché. «Il est certainement plus rentable de produire sur place plutôt que de faire transférer l’énergie via le réseau», explique Mohamed Jouhari, directeur Industriel de Lafarge. Mieux encore, «le coût de l’énergie produite par nos propres parcs est plus avantageux pour nous», ajoute ce dernier puisque Lafarge a testé les deux modèles sur ses sites. Pourquoi donc faire appel aux services d’un développeur puisque cela revient plus cher? «Une logique d’allocation des ressources. De plus, la construction d’un parc éolien reste un investissement lourd pour l’entreprise», répond Jouhari. Il faudrait rappeler que Lafarge Maroc, appartenant à 50% à la holding royale SNI, et Nareva appartenant à 100% à la même holding, doivent peser lourd dans ce choix qui a dû s’imposer de lui-même. Il semblerait que même s’il est plus avantageux de produire sa propre énergie, les entreprises préfèrent aujourd’hui laisser les professionnels s’occuper de la production et de l’exploitation des parcs et se contenter de racheter l’énergie toute prête. Même que, de l’avis d’un professionnel souhaitant garder l’anonymat, «les entreprises ne gagnent pas énormément en termes de coûts à se convertir aux énergies renouvelables». Il s’agit plus de préserver l’environnement surtout pour les secteurs pollueurs, comme c’est le cas des cimenteries. En somme, c’est une sorte de mea culpa à la nature.

Réduction de l’impact environnemental
«A ce stade du développement technique, le défi est de trouver la façon de produire l’énergie renouvelable au même coût que l’énergie fossile. L’avantage que l’on souhaite est la réduction de l’impact environnemental plutôt que la réduction des coûts», déclare Giuseppe De Beni, directeur général de la filiale énergie d’Italcementi Group à L’Economiste, dans sa publication du 23 octobre 2014. Pour des industries en ville, le solaire paraît comme étant la solution indiquée. Mais le coût de l’installation est, lui, quasi prohibitif. Bennani explique que «le coût d’investissement varie en fonction de la technologie solaire utilisée (photovoltaïque versus solaire thermique CSP). Et au sein même du solaire thermique, l’investissement n’est pas le même pour la technologie des collecteurs cylindro-paraboliques que pour la technologie des tours solaires. Il varie aussi en fonction des heures de stockage thermique souhaitées. Par exemple, pour la première phase du complexe solaire de Ouarzazate (Noor I Ouarzazate), d’une capacité électrique de 160 MW, qui utilise la technologie thermo-solaire à capteurs cylindro-paraboliques et une capacité de stockage de 3 heures, l’investissement est de l’ordre de sept milliards de dirhams». La cimenterie d’Ait Baha de Ciments du Maroc est dotée d’un parc thermo-solaire depuis octobre 2014.

Eolien Vs solaire
Sa capacité est de 5 MW pour un investissement de plus de 33 millions de dirhams. Selon Mouline, dans un entretien accordé à l’institut Amadeus, «il n’est pas question de penser que l’éolien ou le solaire seront gagnants l’un sur l’autre, puisqu’ils apportent un service différent. L’important est de préparer le stockage des énergies renouvelables, afin de garantir un service permanent. L’évolution de l’éolien s’est faite plus rapidement que le solaire mais rien ne sert de les mettre en compétition car certains territoires ont plus de vent que de soleil et inversement. Et l’éolien est plus aléatoire que le soleil, par exemple. Il est clair que les deux filières vont de pair et sont complémentaires. Et, à l’avenir, d’autres filières vont émerger: l’énergie côtière en est un exemple». Autrement dit, l’idée n’est pas de trouver lequel des procédés est le moins cher, mais plutôt lequel permet de produire de l’énergie propre pour préserver la nature… Actuellement dépendant à 92% des énergies fossiles (contre 97% il y a 5 ans), l’objectif fixé par la stratégie nationale de l’énergie est d’atteindre 42% du mix énergétique en énergies propres à l’horizon 2020. Autant dire qu’un coup d’accélérateur s’impose!».

Libéralisation sous contrôle

Grâce à la loi 13-09, il est désormais possible de produire l’énergie sur un site et de la transporter ailleurs. Ce qui a permis de libéraliser le secteur, même si certains trouvent que cette loi l’a exagérément verrouillé. Ainsi, selon Ahmed Squalli, il s’agit plutôt «d’une libéralisation très contrôlée». Il semble tout de même logique que l’Etat veuille protéger son réseau électrique. Ahmed Baroudi, directeur général de la Société d’investissement énergétique (SIE), explique «qu’on ne peut pas se permettre de déstabiliser le réseau de l’Etat et de mettre en danger l’existant». L’ONEE étant le seul à qui incombe la responsabilité de fournir l’électricité au pays, le Maroc ne peut décemment pas permettre d’en perdre le contrôle. La nouveauté de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables est de permettre aux investisseurs de produire et de vendre leur électricité directement. Les particuliers aussi ont cette possibilité en revendant le surplus énergétique produit, tant qu’il s’agit d’être raccordé au réseau THT, Ht et MT, la basse tension étant pour l’instant hors-circuit.