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La montée du risque se poursuit

Entreprises avril 2015

La montée du risque se poursuit

Presque toutes les banques marocaines cotées ont affiché un coût du risque plus élevé que l’année dernière. Principale cause, la montée des créances en souffrance à cause de la morosité de l’immobilier.

Le risque continue d’augmenter dans le secteur bancaire. Ainsi, son coût a atteint les dix milliards de dirhams en 2014, contre 6,5 milliards en 2013, soit une hausse de 35% après 25% en 2013. Le secteur a en effet «souffert de la poursuite de l’accroissement des créances en souffrance (CES) à 52,2 milliards de dirhams, soit une hausse de 19,3%, contre +23,8% en 2013 représentant un taux de créances en souffrance de 6,9%, contre 6,0% en 2013», expliquent les analystes de CFG Groupe. La hausse des créances en souffrance a été tirée par le segment des entreprises (+23,6% à 28,9 milliards de dirhams) et dans une moindre mesure par les ménages (+13,9% à 22,6 milliards de dirhams). Cette montée des risques est essentiellement due à la conjoncture économique difficile durant les deux premiers trimestres de 2014.

Coût de risque divergent
Cependant les banques cotées à la Bourse de Casablanca ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Ainsi, Attijariwafa bank a fait les frais d’un coût du risque inquiétant. Ses dotations aux provisions pour créances en souffrance ont atteint 3,03 milliards de dirhams contre 1,87 milliard de dirhams en 2013. Visiblement les défaillances de la clientèle sont en train de s’accentuer au point de coûter à la banque près de 27,5% de sa marge d’intérêt qui s’établit cette année à 11,03 milliards de dirhams au lieu de 10,58 milliards en 2013. Pour BMCE Bank, le bénéfice a été réduit par les provisions constituées pour couvrir les créances douteuses. Le coût du risque du groupe bancaire présent dans 20 pays en Afrique a atteint ainsi 1,8 milliard de dirhams en 2014, en hausse de 37% comparativement à 2013. Le montant total des créances douteuses s’est, quant à lui, élevé à 6,9 milliards de dirhams l’an passé contre 6,3 milliards de dirhams une année auparavant.
Quant à BCP, le groupe a fait savoir qu’il a constitué des provisions supplémentaires d’un montant de 205 millions de dirhams pour couvrir les risques inhérents aux opérations africaines. Ce qui fait porter le total des provisions à 10,4 milliards de dirhams, à fin 2014 contre 8,3 milliards en 2013. En dépit du renforcement de la politique de couverture des risques qui a porté le taux de couverture des créances en souffrance par les provisions à 75%, contre 71%, à fin 2013, le résultat net consolidé a atteint 3,3 milliards alors qu’il n’était que de 3,2 milliards une année plus tôt.

La cause du risque
Dans ce décor très marqué par la montée du risque chez les majors, CIH a réussi à améliorer son profil à ce niveau. Ainsi, la banque a ramené à 0,15% le taux du coût du risque en 2014, contre 0,09% en 2013. Le renforcement des provisions a permis au groupe de dégager un taux de couverture de 54,9%. «Nous menons une mécanique de recouvrement agressive», souligne le PDG Ahmed Rahhou. Surtout pour l’activité des crédits immobiliers, qui constitue 30% du portefeuille du groupe. Son encours s’est stabilisé à 24 milliards de dirhams, à fin 2014. En effet, Rahhou s’inquiète de la situation du secteur immobilier. «La demande est en berne. Le stock existe pourtant mais l’écoulement reste lent», analyse-t-il. Il n’est pas le seul à avoir formulé un avis sur l’immobilier. Naturel vu que les encours du secteur représentent 37% du total des crédits bancaires, soit 195 milliards de dirhams. Des avis qui sont sensiblement contrastés (voir encadré).  En réaction à la montée du risque, les banques ont visiblement préféré fermer le robinet distribuant moins de crédits et augmentant les dépôts. «Nous sommes des vendeurs de crédit, mais cela ne veut pas dire qu’il faut ouvrir les coffres de l’agence et inviter le public à se servir», lance Mohamed Kettani, PDG d’AWB. D’ailleurs, le secteur a connu, d’une part, une nouvelle décélération de la croissance des crédits et, d’autre part, une confirmation de la reprise des dépôts. Le rythme de croissance des crédits s’est établi à 2,3% contre 3,8% en 2013 et 4,7% en 2012. Cette légère croissance a été tirée vers le bas par une décélération du rythme de progression des crédits immobiliers à 2,7%, suite à l’effet combiné de la baisse des crédits aux promoteurs et du maintien du rythme de croissance des crédits à l’habitat à 6,2%. Les dépôts ont, pour leur part, affiché une croissance légèrement moins soutenue que celle enregistrée en 2013, avec une hausse de 7,3%. Cette progression a été tirée notamment par la bonne tenue des dépôts non rémunérés (+6,5%) et par la hausse des dépôts rémunérés de 8,2% (tirée par les comptes d’épargne qui ont crû de 8,3%), représentant, à fin 2014, une proportion de 43% des dépôts, contre 42,6% en 2013.

Le jackpot africain
En tout cas, les trois grandes banques marocaines présentes sur l’Afrique comptent sur la contribution de leurs participations africaines. Cette contribution évolue crescendo, à la fois, à travers un élargissement du périmètre et surtout une montée en charge des participations historiques. Les analystes d’Attijari Intermédiation assurent, dans ce sens, que «la viabilité du modèle économique des groupes bancaires repose à la fois sur leur caractère pluridisciplinaire et leur modèle expansionniste multinational qui permettent et d’amortir les chocs conjoncturels et de construire des leviers de croissance solides». Face à cette situation, la stratégie d’expansion des trois premières banques marocaines en Afrique subsaharienne et au Maghreb se justifie pleinement. En effet, la part de l’international dans les résultats des banques présentes en dehors du Maroc (AWB, BCP, BMCE Bank), à travers 40 filiales, a augmenté s’établissant à 25% en moyenne en 2014, contre 17,6% en 2013. «Nous avons la conviction que cette proportion devrait augmenter sur les prochaines années, compte tenu de la faible pénétration des services bancaires dans cette région emblématique, d’un fort potentiel de croissance, ainsi que du bon positionnement des banques marocaines dans la région, les trois groupes bancaires marocains implantés en Afrique de l’Ouest faisant partie du top 5 en termes de part de marché», expliquent les analystes de CFG Goup. Par ailleurs, la stratégie d’amélioration continue des process et la rationalisation des coûts qu’adoptent les banques marocaines au niveau de leurs filiales africaines, devraient se traduire par une baisse des coefficients d’exploitation permettant l’augmentation de la rentabilité de ces dernières.

Immobilier fin de la folie

A l’origine de la montée flagrante du risque dans le secteur bancaire figure en bonne place le secteur immobilier. Mais les réactions des responsables des banques quant à l’analyse de sa situation actuelle diffèrent. Ainsi, lors de la conférence de presse des résultats 2014 de BMCE Bank, son directeur général délégué en charge des grands comptes, Mfadel El Halaissi a livré un diagnostic assez singulier de la crise immobilière en mettant directement en cause les promoteurs les interpellant sur leurs qualités managériales. «Des managers qui financent le long terme par le court terme», s’insurge-t-il. Il relève également un problème d’inadéquation entre l’offre et la demande. Dans ce sens, Ahmed Rahhou, PDG de CIH, explique que «la cession d’un bien immobilier qui pouvait durer 1 à 2 ans peut s’étaler sur 4 à 5 ans». Mais heureusement que les promoteurs immobiliers ont finalement compris qu’ils doivent se désendetter, comme l’explique Mohamed Benchaâboun, PDG de BCP. Ainsi, détaille-t-il, «les opérateurs doivent effectuer du déstockage». Cela nécessitera forcément un ajustement des prix. Les banques de leur côté donneront moins aux promoteurs mais plus aux acquéreurs pour absorber le stock de biens immobiliers mis sur le marché. La valeur des crédits devra atteindre les 10 milliards de dirhams sur deux ans. C’est en quelque sorte un retour à la normale: des prix à la portée des consommateurs et un pouvoir d’achat supplémentaire donné aux acquéreurs. Ne valait-il pas mieux commencer par cela?