fbpx

4G, la bataille décisive

Entreprises avril 2015

4G, la bataille décisive

Si Maroc Telecom dispose de suffisamment d’atouts pour gérer la transition vers la 4G, Meditel, lui, risque de se faire dépasser par Inwi. Analyse.

Avec la 4G, c’est décidément le retour à la case départ en ce qui concerne la démocratisation de l’accès aux télécoms au Maroc, soit plus de 15 ans en arrière. C’est en tout cas ce qui ressort des différents avis et analyses recueillis auprès des professionnels et experts du secteur. Ainsi, «les offres de téléphonie mobile 4G relèveront du post-payé, destiné à une niche de clientèle au pouvoir d’achat élevé, avec des mensualités très chères», nous informe une source interne à un opérateur de la place. Cela laisse en effet entrevoir une certaine tentation d’entente ou, du moins, une trêve de la guerre des prix menée jusque-là sur le pré-payé 2G-3G. Ce serait alors un comportement naturel pour rentabiliser l’énorme ticket d’entrée exigé par ANRT à la technologie 4G. En effet, les trois mousquetaires ont déboursé au total 2 milliards de dirhams pour les licences 4G au moment où ANRT tablait sur juste 1,5 milliard. Dans le détail, IAM a décroché la licence B pour 1 milliard de dirhams, Wana s’est vu attribuer la licence C pour 503 millions de dirhams quand Médi Telecom récupère la licence A pour un peu plus de 500 millions. Qui sera le gagnant dans cette nouvelle bataille? Une question qui n’a plus lieu d’être vu le positionnement annoncé. Mais, en tout cas, l’entrée en vigueur de la 4G devrait renforcer la prédominance de Maroc Telecom et probablement consacrer la montée en flèche d’Inwi. Ainsi, les deux opérateurs partent avec plusieurs gros avantages de départ chacun. Pour l’opérateur historique, il a déboursé 500 millions de plus que ses deux challengers pour décrocher une licence lui permettant le déploiement de la 4G sur son infrastructure existante. Une dépense que l’opérateur risque de vite rentabiliser vu que la mise en œuvre de la 4G nécessite des investissements dédiés. Aussi, Maroc Telecom peut se targuer d’avoir une longueur d’avance sur la 4G vu qu’elle la déploie déjà sur certains pays africains comme le Gabon. Cela sans parler de la force de frappe financière de l’opérateur historique. En 2014, celui-ci affiche un résultat net de près de 6 milliards de dirhams, en croissance de 5,6% pour un chiffre d’affaires de 29,14 milliards. Un trésor de guerre en or pour faire face à toute éventualité de guerre sur les prix que la filiale d’Etissalat ne sera certainement pas la première à déclencher. Aussi, étant donné le positionnement post-payé que va avoir la 4G, Maroc Telecom risque de se trouver instantanément leader avec une grande longueur d’avance sur Méditel et Inwi, vu que sur le post-payé l’entreprise accapare aujourd’hui 30% de parts de marché. Ses suiveurs se partagent les 40% restants, avec 30% pour Méditel et 10% chez Inwi. Si Maroc Telecom a l’avantage d’avoir investi, Inwi, en revanche, dispose de l’avantage inverse: celui de ne pas avoir beaucoup investi sur la 3G.

«Nous allons contribuer avec des offres compétitives à la démocratisation de l’accès à la 4G»

Arrêter l’hémorragie
Il fallait bien arrêter l’hémorragie du lancement qu’avait causé le choix porté sur la technologie CMDA. Mais, paradoxalement, c’est celle-là qui semble aujourd’hui renforcer relativement la position d’Inwi. «En optant pour la licence C, Inwi pourra redéployer la 4G sur ses infrastructures CDMA dans un premier temps en attendant d’avoir plus de visibilité sur l’évolution du marché», analyse un expert sous couvert d’anonymat. Ainsi, le potentiel d’investissement d’Inwi reste intact. Sans cela on aurait mal imaginé son DG Franck Debord annoncer droit dans ses bottes l’intention d’investir 10 milliards de dirhams sur les cinq prochaines années. «Ces investissements seront en quasi-totalité utilisés pour le déploiement des hauts débits au Maroc», détaille-t-il. Inwi reste néanmoins handicapé par sa faible présence sur le segment post-payé. Ayant fait de la démocratisation de la téléphonie mobile son crédo, l’opérateur a tout misé sur le pré-payé avec une agressivité remarquée côté prix. Une stratégie qui lui a valu de rattraper en quelques années son ainé Méditel. Les deux revendiquent aujourd’hui pratiquement le même parc de clients: 13,6 millions d’abonnés pour Méditel, contre 12,3 millions pour Inwi. Ayant cette vocation de casseur de codes dans les gênes, Inwi ne devra pas tarder à ressortir son arsenal marketing de guerreros sur la 4G pour grignoter encore des parts de marché. «Nous allons contribuer à travers des offres compétitives à l’effort de démocratisation de l’accès aux équipements (4G). Notre stratégie est avant tout de nous concentrer sur le service au client en assurant une grande simplicité d’accès et d’usage au meilleur prix», révèle Debord à La Vie Eco du 27 mars. «La 4G va se banaliser au niveau des infrastructures, ce qui fera la différence est la politique marketing», confirme ainsi François Flouriot, PDG de GM Consultants en France. Ce sera alors Méditel qui devra en pâtir et ce, quelle que soit la réaction adoptée. Ainsi, s’il préfère rester sur un positionnement d’écrémage avec une politique de prix élevés, il se fera vite dépasser par Inwi. Si au contraire, il décide de le suivre, Méditel part avec quelques désavantages. Il s’agit notamment du fait que l’opérateur a massivement investi en 3G sans pour autant l’avoir totalement rentabilisée. A cela s’ajoute la rentabilisation du ticket de 640 millions d’euros déboursés par Orange pour avoir 40% du capital Méditel. Le français s’apprête à débourser quelque 72 millions d’euros supplémentaires pour monter à 51% dans le capital de l’opérateur marocain. On le voit donc mal fournir davantage d’efforts financiers. Avec autant de boulets, Méditel ne semble pas avoir la force de frappe suffisante pour stopper le tsunami de la 4G que devra tôt ou tard déclencher Inwi. «Il est trop tôt pour se prononcer sur les stratégies à adopter en ce qui concerne la 4G», met en garde une source interne à Méditel requérant l’anonymat. «Nous allons comme on l’a toujours fait proposer des produits innovants et simples aux consommateurs». Quid d’une guerre des prix? «Il est peu probable qu’il en soit le cas. L’observation du comportement d’Inwi, il y a plus d’une année, montre qu’il est plutôt dans une politique de stabilisation des prix», appui dans le même sens un analyste. En tout cas, la bataille des télécoms n’a jamais été aussi serrée au Maroc. L’entrée en service de la 4G risque d’en être l’épisode qui fera le plus de dégâts!