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Un modèle à réinventer

Dossier mars 2015

Un modèle à réinventer

Le discours dominant va vers une large libéralisation des secteurs encore sous la coupole de l’Etat.

Plusieurs années durant, la Tunisie était classée par le Doing Business et le Forum économique mondial de Davos comme étant l’économie africaine la plus compétitive. Après la chute de Ben Ali, ce mythe est vite tombé laissant apparaître des lacunes importantes dans son modèle de développement.

Dualisme économique
Ainsi, depuis les années 70, la Tunisie a réussi des pas énormes dans le développement économique sous l’impulsion de l’Etat central qui a un rôle actif dans des secteurs stratégiques et impose des barrières de protection pour le développement de larges pans de l’économie. Ce modèle boosté par l’ouverture de secteurs offshore a permis un développement industriel important dans de nombreux secteurs. Ainsi, grâce à des périodes de grâce de l’impôt sur les sociétés et une exonération des droits de douane sur les importations d’intrants intermédiaires, les entreprises produisant pour l’export ont constitué un puissant secteur «offshore». De même pour le secteur agricole (8% du PIB, 10% des exportations et 34% de la population rurale). Ce dernier s’est essentiellement développé autour de l’agro-industrie et des cultures méditerranéennes destinées à l’export (agrumes, tomate, huile d’olive) maintenant la marginalité économique des régions centrales où la seule activité économique conséquente s’est construite autour du secteur des mines, essentiellement le phosphate et d’une agriculture vivrière peu rentable. Le maintien de larges pans de l’économie, gérés par l’Etat, va encourager la mise en place d’un système de rente et de privilèges, dont a profité la famille du Président déchu. Il a aussi entravé la libre concurrence et maintenu l’économie, hors exportation, bloquée à l’investissement national et international. Une politique qui, bien qu’ayant rencontré certains succès, à entravé les opportunités au niveau local, d’où une explosion du taux de chômage et des inégalités.

Disparités régionales
L’autre conséquence de cette politique est un dualisme spatial: alors que l’économie offshore et l’agriculture d’exportation se développait le long des côtes, proche des infrastructures nécessaires pour l’export, le manque d’opportunités économiques à l’intérieur du pays engendrait des frustrations grandissantes. Les investissements publics ont, de ce fait, massivement soutenu cette politique dual en se déplaçant vers les côtes. Ainsi, la qualité des services publics et des infrastructures est restée plus basse dans les régions de l’intérieur du pays renforçant encore plus leur confinement et leur manque d’attractivité. Conséquence logique, de grandes disparités économiques et sociales se sont accrues entre le littoral et les régions de l’intérieur. Pour sortir de cette situation et assurer le rattrapage économique, le discours dominant semble aller vers une large libéralisation des secteurs encore sous la coupole de l’Etat et le renforcement des avantages accordés à l’entreprise privée tout en maîtrisant les déficits. Un diagnostic largement partagé par les institutions financières internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, qui ont accordé, en deux ans, des crédits de près de 3 milliards de dollars pour soutenir les finances publiques du pays. En tout cas, le plan qu’a tracé le gouvernement technocrate sortant, et qui semble en grande partie adopté par le nouveau gouvernement leadé par Nidaa Tounes, rejoint en gros les orientations du FMI (voir article suivant).  Et c’est la recette habituelle du fonds qui est servie à la hrissa tunisienne. Ainsi, le FMI recommande à la Tunisie de poursuivre les réformes dans les finances publiques, particulièrement dans les secteurs bancaires et de fiscalité, ainsi qu’à préserver les équilibres macroéconomiques, notamment à travers la réforme du système de subventions et des caisses de retraite grandement en difficulté (le déficit de 2015 devrait se situer à plus de 300 millions d’euros). «L’actuel modèle de croissance fondé sur l’expansion des dépenses publiques n’est pas soutenable et c’est au tour  du secteur privé de prendre sa place et d’être le moteur de l’économie», recommande ainsi le dernier rapport de l’institution de Bretton Woods. La messe est dite!