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«Nous faisons face à une conjoncture inédite»

Enquête mars 2015

«Nous faisons face à une conjoncture inédite»

Pour Fadel Sekkat, il ne faut pas chercher midi à 14h. Ce qui a desservi son investissement des Chellalate n’est autre qu’un retournement de cycle qui semble se prolonger de façon exceptionnelle. Le soldat Rayan qu’il est semble aujourd’hui devoir sa survie à la demande intérieure. Un comble !

Comment se porte aujourd’hui Maghreb Steel ?
Tout est rentré dans l’ordre. Les banques ont repris la gestion, l’Etat a fait le nécessaire. La société tourne et produit. Nous sommes optimistes. Vous savez, notre problème est un problème de conjoncture internationale. Suite à la crise de 2008, seuls les plus grands, aux assises financières solides, ont pu tenir ou encore les entreprises opérant dans des marchés domestiques porteurs et protégés.

Les experts disent que les cycles étant connus à l’avance, une telle mésaventure aurait pu être évitée…
Ce qu’est en train de vivre le secteur dans le monde est quelque chose d’inédit que personne n’aurait pu prédire. Un cycle normal c’est généralement 2 à 3 ans. Cela fait plus de 6 ans que nous sommes dans une phase baissière. L’Europe, qui épongeait 60% de notre production, est aujourd’hui entrée dans une profonde phase de désindustrialisation. Qui entend aujourd’hui parler de majors de l’électroménager, tels que Philips, Grundig ou autres? Tout est parti en Chine.

Mais vous vous doutez bien que la Chine ne va pas acheter du laminé à chaud à Maghreb Steel !
Non bien sûr! La Chine représente, à elle seule, 50% du total d’acier produit dans le monde!

Donc, votre unique issue de secours reste le marché intérieur !
Oui, mais pas seulement. Il y a aussi l’Afrique et l’Europe, avec la nouvelle donne en termes de cours de change euro/dollar, qui est aujourd’hui en notre faveur.

Votre modèle est basé sur une intégration verticale de la chaîne des valeurs. Pourquoi ne pas être allé jusqu’au bout de cette logique en ouvrant votre capital à vos clients finaux ?
Ecoutez, il est question de plusieurs milliards de dirhams d’investissement que peu d’opérateurs au Maroc sont capables de mettre sur la table. Aussi, plusieurs acteurs en aval de la chaîne sont à la fois transformateur et négociants de produits intermédiaires. Donc, parfois ce sont des concurrents à Maghreb Steel qui ont intérêt à maintenir le marché ouvert faisant fi du dumping avéré, qui a risqué de nous faire couler!

Votre survie ne peut donc être envisageable en dehors d’un bouclier de protection antidumping ?
En période de crise seulement. Sinon, lorsque la conjoncture est porteuse, nous n’en avons évidemment pas besoin.

On dit aussi que votre mode de management familial n’était plus adapté à la taille titanesque que prenait votre usine…
Quand cela ne marche pas, les gens ont toujours besoin d’un bouc émissaire! Maghreb Steel n’est pas notre seule entreprise. Notre famille gère bien d’autres affaires qui prospèrent. C’est un problème de conjoncture, comme je vous ai expliqué au départ.

Et si c’était à refaire, Si Sekkat ?
C’est encore trop tôt pour poser cette question. Personnellement, je reste très optimiste. Et les indicateurs de production positifs me réconfortent dans cette position.