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Illusoire industrialisation ?

Economie mars 2015

Illusoire industrialisation ?

L’annonce des short-listés du dernier appel d’offres de l’éolien devrait tomber bientôt. Le coût par kWh produit et l’industrialisation de la filière sont les principaux enjeux.

Après l’ouverture des plis en septembre 2014 des offres techniques de l’appel d’offres pour les 850 MW d’éolien, tout le microcosme de l’énergie renouvelable, attend le nom des consortiums retenus pour ce marché. Les résultats devraient être connus ce mois-ci. C’est ainsi une étape nécessaire qui devrait ouvrir la voie au dépôt des offres financières de dernière étape avant l’annonce de l’adjucataire final.

1.000 MW/an
La particularité de cet appel d’offres, à part son gigantisme, est qu’il vise le développement d’une filière industrielle éolienne nationale qui «contribuera fortement à la dynamique de développement économique et social régionale, en termes de création d’emplois, de recours aux prestations, notamment des PME-PMI locales et de transfert de savoir-faire», selon les promoteurs du projet, à savoir, ONEE, le Fonds Hassan II et la Société d’investissement énergétique (SIE). D’après les premières fuites parues dans la presse, ce serait le consortium constitué du saoudien Acwa Power et de l’espagnol Gamesa, qui auraient présenté l’offre technique proposant le plus d’intégration locale avec près de 70% des composantes devant être fournies grâce à du sourcing local. Sur les 11,5 milliards d’investissement que devrait générer le projet, au moins 8 milliards seraient sensés rester sur place. Au programme, une usine de palles et une autre dédiée aux mats vont venir enrichir le tissu industriel local avec leur lot de transferts de technologies. D’autres composants, comme les systèmes électriques, pourraient aussi être fournis par des entreprises installées au Maroc. Le génie civil et les transports devraient aussi faire partie du lot.
Bien qu’importantes, ces contributions restent encore faibles en termes de transfert de technologie. En effet, il est illusoire de s’attendre à l’implémentation d’une chaîne d’approvisionnement locale. Car simplement, «pour que cela soit rentable, il faut tabler sur une production équivalente à 1000 MW/an», affirme le directeur marketing de Gamesa Juan Diego Diaz. En dessous de ces capacités, les usines ne seraient donc pas rentables. L’annonce de l’usine de palles et celle des mats, si le marché est décerné à Gamesa, répond plus à une logique de rationalisation de coûts. En effet, la logistique représente entre 20 et 50% des coûts en moyenne en raison, soit des volumes, soit du poids des composants. Une palle, par exemple, peut faire jusqu’à 60 mètres de long en des matériaux composites légers, alors qu’une petite partie de mats peut atteindre plus de 10 tonnes d’acier. Des problèmes de transport et d’accès aux sites d’installation se posent, surtout que la plupart des sites sont sur des zones montagneuses difficiles d’accès.

Le dictat du coût
Cette logique est propre au métier. «L’erreur à faire est de chercher à créer une industrie subventionnée, non compétitive qui finira par rendre plus cher le coût du MWH», renchéri Diaz. Et l’exemple brésilien est à ce point éloquent, où le coût du MWH éolien coûte jusqu’à 35% plus cher car le gouvernement souhaitait créer à tout prix une industrie locale. Bien que rentable en termes d’emplois et politiquement mais celle-ci n’est pas viable économiquement. «Il ne faut pas industrialiser pour industrialiser, affirme pour sa part Ricardo Chocarro,  DG de Gamesa Europe/Afrique. «Nous cherchons à atteindre les coûts les plus compétitifs et c’est ce qui justifie l’implantation industrielle (près de 1 million d’euros/ MW installé). Si le sourcing local nous permet de réaliser des économies sur le prix du MWH, nous le ferons». Côté marocain, c’est déjà acté. D’ailleurs, la note accordée au projet industriel dans l’évaluation des offres soumises ne dépasse pas les 15%, contre 85% d’importance accordée à l’offre financière. L’argument du sourcing local serait-il purement démagogique? Il faut le croire. Car l’enjeu pour l’ONEE est de baisser au maximum le coût de l’électricité produite pour qu’elle n’impacte pas négativement le coût du mix énergétique. Comparée au solaire, l’énergie éolienne est déjà très compétitives à 42 euros le MWH cette énergie ne coûte «que» le double du charbon en coût d’énergies nivelés. Et pourrait baisser à 40 euros/MWH. En outre, le choix de l’éolien permet de s’émanciper du marché international des énergies tout en étant propre et renouvelable. Le même schéma que le thermo-solaire (CSP), mais quatre fois moins cher. D’ailleurs, selon les prévisions de bloomberg, cette énergie devrait coûter encore moins cher dans les 10 prochaines années (-30% en 2023) contrairement au charbon et au fuel. Elle devrait baisser encore plus rapidement que le CSP. Des perspectives prometteuses pour cette énergie qui, si elle est correctement développée au Maroc, peut lui ouvrir un potentiel important pour le développement dans d’autres pays, notamment en Afrique. Le continent est ainsi le moins équipé dans le monde avec seulement 2.545 MW, dont près du tiers est installé au Maroc. Le pays est ainsi bien positionné pour jouer un rôle de locomotive régionale si les bonnes décisions en termes d’industrialisation sont prises.

Un modèle réussi

Les régions montagneuses du nord-ouest espagnol se sont en 20 ans transformées en un énorme champ d’éolien produisant une grande partie de l’énergie espagnol. Derrière ce succès la volonté combiné du politique, de l’économique et de l’industriel pour créer un leader, Gamesa. Fondée en 1976, la startup spécialisé dans la fabrication et la vente d’équipements industriels pour divers secteurs (automobile, aéronautique, robotique, microélectronique) Gamesa s’est en 20 ans transformée en un leader technologique global dans l’industrie éolienne. En effet, au profit d’une joint-venture dans les années 90 entre le gouvernement de Navare et Vestas (entreprise danoise de fabrication éolienne, leader mondial), et Gamesa, la PME décide de se spécialiser sur deux cœurs de métier: l’aéronautique et l’éolien. Proposant des solutions low-cost et adaptées aux spécificités espagnoles, et grâce à un soutien fort de l’Etat, l’entreprise à pu se développer et installer la plupart des capacités espagnoles en éolien. Mieux encore, elle a pu racheter les parts de Vestas et du gouvernement local et s’introduire en bourse. Après 21 ans d’expérience et 31.000 MW installés dans 50 pays Gamesa est devenue le leader mondial dans le développement et la vente de parcs éoliens, avec environ 6.400 MW installés dans le monde entier et 4ème en termes de capacités totales. Grâce à l’investissement dans la R&D, l’entreprise à aujourd’hui la capacité de développer des produits adaptés spécifiquement à chaque emplacement, voire pour des conditions polaires ou pour des zones arides, telles que le désert, l’objectif étant toujours de réduire le coût de l’énergie. Une success story qui peut facilement faire des émules au Maroc.