CGI dos au mur !

Entreprises octobre 2014

CGI dos au mur !

Un nouveau séisme secoue l’entreprise immobilière de la CDG. Son sort est désormais suspendu à l’issue de l’enquête liée aux projets dans le Nord. En bourse, cela fait des années que la valeur trinque.

La nouvelle a secoué le milieu des affaires! La Compagnie générale immobilière (CGI), la filiale du bras financier de l’Etat (CDG), fait l’objet d’une enquête. Cela fait suite à une requête de citoyens, en majorité MRE, se plaignant du projet de Madinat Badès, le nouveau pôle urbain d’Al Hoceima.  Des doléances formulées directement au roi, lors de son séjour dans la région. Ce dernier charge immédiatement les  ministères de l’Intérieur et de l’Economie et des Finances de diligenter une enquête sur le sujet. Le dossier a été confié à une mission d’inspection composée d’éléments du ministère de l’Intérieur et celui de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire. Les premières investigations ont révélé certaines défaillances techniques dans la réalisation du projet en question. Les services de l’inspection générale des finances procéderont à un contrôle de la gestion dudit projet, notamment dans son volet financier. D’un autre côté, le Souverain a ordonné aux ministres de l’Intérieur et de l’Economie et des Finances d’assurer un contrôle et un suivi sur le terrain, outre l’audit d’autres projets réalisés par la CDG à Al Hoceima, Nador et dans d’autres régions du Nord du Royaume. «Cette opération risque d’être le véritable premier audit poussé du bras financier de l’Etat», explique un analyste. Une tâche pour le moins fastidieuse.

Quid de la bourse ?
Curieusement, le marché boursier ne semble pas réagir outre-mesure à cette nouvelle. Le jour de l’annonce, l’action CGI a clôturé en baisse de seulement 0,39%, à 760 dirhams. Elle avait gagné 3,65% la veille après deux séances en repli (-3,8%). Quatre séances après l’annonce de l’enquête, moins de 230.000 dirhams ont été échangés sur la valeur. «S’il n’y a pas jusqu’ici une vraie réaction des investisseurs à l’actualité de l’entreprise, la situation pourrait rapidement changer en fonction de l’avancée de l’enquête», assure un expert. Comment réagira le cours de l’action de la CGI? La question hante les boursicoteurs ainsi que les analystes. Pour l’heure, difficile de pronostiquer, il faudra attendre le comportement du marché avant de se prononcer.
Ce que l’on peut, en revanche, confirmer c’est que parmi les trois opérateurs immobiliers cotés, CGI est le plus touché par la crise dans ce secteur. «Le titre a perdu deux tiers de sa valeur depuis 2009», note un trader de la place.  Après la flambée du cours, les premiers mois de son introduction (+155% à fin 2007), «il a clôturé les six années suivantes dans le rouge excepté en 2010 où il a profité, comme plusieurs autres titres cotés, de l’opération ONA-SNI pour corriger une partie des pertes», poursuit notre source. La valorisation de l’entreprise a chuté de 30,7 milliards de dirhams depuis son introduction.

CGI est la plus touchée par la crise du marché. Elle a perdu 2/3 de sa valeur depuis 2009

Un plan de développement ambitieux
La méforme en bourse n’a pas empêché la filiale CDG de réussir en juin 2014 une levée de fonds obligataire de 1,5 milliard de dirhams. Certainement grâce à la bonne facture de la maison-mère mais aussi parce que les fondamentaux de l’immobilière ne sont pas aussi mauvais que ça. «Notre objectif est, d’une part,  de pérenniser notre plan de développement et de maintenir la progression du chiffre d’affaires, et d’autre part, de remplacer les projets arrivés à maturité. L’objectif est d’atteindre 6 milliards de dirhams de chiffre d’affaires en 2017», déclare Mohammed Ali Ghannam, directeur général, pour appuyer cette sortie sur le marché financier. La CGI ambitionne de plus de démarrer ses premiers projets en Afrique en 2015. L’Afrique de l’Ouest est la cible principale, notamment le Gabon, le Sénégal, et la Côte d’Ivoire. La société immobilière va commencer par le logement social compte tenu de la forte demande dans ces pays. Quoi qu’il en soit, même avec ses plans de développement ambitieux, les interrogations sur le sort de la CGI sont nombreuses, notamment avec l’ouverture de l’enquête judiciaire autour des projets dans le nord du pays. Dont les rebondissements les investisseurs pourraient redouter une éruption de plaintes sur les projets d’autres promoteurs immobiliers et détourner davantage les boursicoteurs du titre CGI et des immobilières en général. «Un retour aux anciens dossiers ou encore les résultats de l’enquête sur les projets immobiliers de la CGI pourraient détourner les petits porteurs du titre en bourse», explique l’analyste. Rappelons que ces derniers détiennent 15,4% du capital; CDG Développement détient, quant à elle, 76,1% et RMA Watanya 8,5%. Dans une bourse plus que jamais somnolente, les déboires de la CGI risquent de faire écrouler l’échafaudage visiblement mal imbriqué!

Chaude jeunesse

Avec l’affaire du projet dans la région d’Al Hoceima, CGI n’en sera pas au premier scandale lié à son nom. Déjà son introduction en bourse, l’opération ne s’est pas faite sans être entachée de nombre d’irrégularités. Dounia Taârji, alors DG du CDVM, avait en effet confirmé à la presse qu’«à l’occasion de l’introduction en bourse de la CGI, et des transactions de blocs qui ont suivi, l’institution a relevé une allocation de titres qui privilégiait certains investisseurs, notamment étrangers, lesquels ont revendu sur le marché de blocs dans les jours qui ont suivi la cotation». Après analyse, le CDVM avait constaté que ces investisseurs avaient pu être alloués de cette façon parce que les sociétés de bourse, à travers lesquelles ils avaient souscrit, n’avaient pas fait les diligences nécessaires vis-à-vis de ces clients, en ce sens qu’elles n’avaient pas fait le travail normal d’un intermédiaire. Ces derniers n’avaient donc pas respecté les règles qui s’appliquent au moment de la souscription. Ainsi, l’enquête menée par le CDVM avait conduit à la sanction d’Upline Securities d’une amende de 10 millions de dirhams.