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Risque de dérapage budgétaire

Point de vue décembre 2013

Risque de dérapage budgétaire

Un an et demi après lui avoir retiré son «AAA», l’agence de notation Standard & Poor’s a baissé d’un cran la note de la France. Une dégradation qui, certes, devra avoir un impact limité sur les conditions de son financement sur le marché de la dette internationale, mais si l’on se réfère aux causes avancées par S&P, la France risque de suivre l’exemple de l’Espagne et des Etats qui ont vu leurs notes chuter année après année depuis 2010. En effet, la France a perdu toute marge de manœuvre, financière notamment, conséquence du niveau élevé du chômage, les perspectives très limitées de l’emploi et son déficit public insoutenable. La faiblesse de la croissance et l’aggravation des déficits vont porter l’endettement de la France à des niveaux record au terme de l’année 2013. En effet, avec un taux d’endettement à 95% du PIB, soit 2.000 milliards d’euros, la France doit trouver quotidiennement 800 millions d’euros à emprunter pour répondre aux impératifs de financement (salaire des fonctionnaires, allocations chômage, pensions de retraites…). Sur ces 800 millions d’euros, seulement 200 proviennent de prêteurs français. Dès lors, la dépendance de la France des marchés financiers internationaux est évidente. D’où l’accroissement des risques spéculatifs vu que les investisseurs internationaux de tous types détiennent en portefeuille la dette publique française et peuvent en fonction de l’évolution de la situation budgétaire française exiger une prime de risque plus élevée.

«Le Maroc emprunte en Euro et en USD, ce qui pèsera sur ses avoirs extérieurs à l’échéance des remboursements. Ceci est en conséquence source de risque aux yeux des agences de notation»

Cet exemple de la France doit sonner comme une sonnette d’alarme pour plusieurs économies qui ont vu ces dernières années leurs endettements externes exploser. Le Maroc en fait partie. La situation budgétaire du pays commence à inquiéter. La dette extérieure publique (Trésor et entreprises publiques) a atteint au terme du premier semestre 2013, 215 milliards de dirhams, représentant 42% de la dette publique marocaine. A l’inverse d’autres pays qui empruntent à l’international selon leur monnaie, le Maroc emprunte en euro et en USD, ce qui pèsera sur ses avoirs extérieurs à l’échéance des remboursements. Ce qui est en conséquence source de risque aux yeux des agences de notation.  Mais cette hausse de la dette extérieure n’a pas baissé la tension sur l’endettement intérieur qui continue aussi à augmenter. La dette intérieure du Trésor qui dépasse maintenant les 400 milliards de dirhams est en progression continue depuis le début de l’année. Rien que pour le mois de novembre le Trésor a prévu de lever plus de 15 milliards de dirhams. Le Trésor continue à être le premier emprunteur au niveau local et au niveau international. D’où deux conséquences de taille. La première est la ponction des liquidités sur le marché bancaire et monétaire vers le Trésor au lieu que ça serve au financement de l’entreprise et de l’économie. La seconde est la hausse des taux des obligations d’Etat qui par ailleurs servent comme référence aux taux appliqués par les banques à l’économie. Les taux à 1 an des emprunts d’Etats ont atteint 4% contre moins de 3,28% en 2010 et les taux 2 ans se situent désormais à 4,71% contre 3,33% en 2010. Tous ces éléments poussent à dire que le Maroc vivra certainement la même situation que l’Espagne et la France et la dégradation de sa note souveraine sera une évidence. L’agence de notation Standard&Poor’s a confirmé la note souveraine BBB- attribuée au Maroc avec «perspective négative». En quelque sorte des mesures pour réduire les déficits budgétaires et celui du compte courant seront la clé pour conserver l’investment Grade.