fbpx

Pourquoi Branoma quitte la cote

Entreprises décembre 2012

Pourquoi Branoma quitte la cote

Branoma, filiale de Brasseries du Maroc, n’a pas trop profité de sa présence à la Bourse de Casablanca. Mais son retrait lui offre de nouvelles perspectives de développement.

Suite à la décision des Conseils d’administration de la Société des Brasseries du Maroc (SBM) et des Brasseries du Nord marocain (Branoma), filiale de SBM, de procéder à la radiation des titres de cette dernière de la Bourse de Casablanca, le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) a déclaré, en octobre dernier, la recevabilité de ce projet d’Offre Publique de Retrait (OPR). Une décision qui n’a pas surpris les différents analystes de la place qui s’y attendaient depuis longtemps. Le management de Brasseries du Maroc a assuré dans la note communiquée par le CDVM qu’«étant donné la faible part en capital constituant le flottant en bourse, il n’y aurait pas de changements significatifs relatifs à la stratégie de développement de Branoma, suite à la présente Offre Publique de Retrait».    

Un titre cher et peu liquide
Toutefois, selon les analystes, «cette OPR est motivée par le fait que la cotation en bourse de Branoma ne répond pas à un besoin stratégique de la société et de son actionnaire majoritaire, également coté à la Bourse de Casablanca». En fait, l’action souffre d’un manque de liquidité associé à un manque de visibilité au sein de la cote (14 titres en moyenne échangés quotidiennement sur les 12 derniers mois avec un volume total de 7,4 millions de dirhams sur la même période), d’où la faible couverture du titre par les analystes financiers de la place. «En outre, le flottant demeure faible (près de 9,2%) et représente une valeur boursière de 64,5 millions de dirhams en date du 14 septembre 2012», explique-t-on dans la note communiquée par le CDVM.
Ainsi, le fait que Branoma soit cotée en Bourse, représentait un fardeau pour Brasseries du Maroc puisque la filiale ne profitait pas des avantages de la cotation à la Bourse de Casablanca.
Ceci implique en fait l’utilisation du marché boursier pour des levées de fonds, du financement ou éventuellement la valorisation des titres de Branoma. Selon un analyste, «c’est l’occasion ou jamais pour Branoma de se retirer de la Bourse, cela lui porterait moins de préjudice surtout qu’elle dispose de bons fondamentaux en général». Ainsi, l’opération concernera 46.001 actions Branoma constituant le flottant dont le prix unitaire est fixé à 1.770 dirhams. C’est ainsi que les analystes, en particulier ceux de BMCE Capital, ont livré de nouveaux pronostics et recommandations concernant la société et son action.
Sur la base de leurs prévisions, ils recommandent aux porteurs du flottant d’apporter les titres à l’OPR. Le cours cible est de son côté fixé à 1.649,5 dirhams. Présentant un downside de 6,8% comparativement au cours de 1.770 dirhams (idem pour le cours de l’OPR) observé en date du 10 octobre 2012, le titre traite, selon les analystes, à des PER cibles induits de 16,2x en 2012 et de 16,4x en 2013, ce qui reste assez cher.
D’où les recommandations d’apporter les titres de Branoma. Il s’agit tout simplement de céder ces titres à l’initiateur d’une offre publique car, comme nous l’assure un analyste, «si la totalité des titres composant le flottant de Branoma n’est pas cédée entièrement, les détenteurs qui refuseront de vendre auront des problèmes par la suite car ils auront du mal à retrouver un repreneur». Depuis la reprise de sa cotation, le titre Branoma a pris 26,2% et a fait l’objet de plusieurs transactions à un prix unitaire de 1.770 dirhams. Ceci explique que la décote offerte a été totalement résorbée sur le marché.

«La cotation de Branoma ne répond pas à un besoin stratégique de la société et de son actionnaire majoritaire SBM»

Des réalisations semestrielles mitigées
Par ailleurs, Branoma a clôturé le premier semestre 2012 sur une quasi-stagnation de son chiffre d’affaires à 288,1 millions de dirhams contre 287,8 millions au premier semestre 2011 et ce, en dépit de la baisse de 3,1% des écoulements de bières à 116.008 hectolitres. Cette stabilisation résulte des révisions des tarifs de vente consécutives à l’augmentation de la taxe intérieure de consommation intervenue en mai 2012 et de la croissance des activités de distribution des vins et de l’eau de source Ain Ifrane. Le résultat financier se hisse, quant à lui, de 23,8% à 2,2 millions de dirhams, consécutivement à l’accroissement de 21,7% des intérêts et autres produits financiers. Enfin, le résultat net se réduit de 15,2% à 31,1 millions de dirhams, réduisant la marge nette de 1,9 point à 10,8%. Sur le plan prévisionnel, les estimations financières établies par les analystes de BMCE Capital font ressortir pour la société un chiffre d’affaires en hausse de 3% à 553,5 millions de dirhams en 2012 et de 4,5% à 578,4 millions en 2013, pour des capacités bénéficiaires de 50,8 millions de dirhams (-16,2%) suite à la non-récurrence de produits non courants et de 50,4 millions de dirhams (-0,8%) respectivement. Les pronostics des analystes sont appuyés par les réalisations de la société au 30 juin 2012.

Un plan de développement à l’horizon 2015
En ce qui concerne les perspectives de développement, le management de Branoma déroule le plan stratégique à l’horizon 2015. «Les principes retenus consistent à assurer d’abord la pérennité de l’activité dans un contexte rendu difficile sous l’effet de la crise financière que connaît l’Europe et qui n’a pas manqué de toucher l’économie du Maroc», annonce Branoma dans son communiqué. A cela s’ajoute d’une part, un contexte moins favorable et, d’autre part, les effets des augmentations répétées de la taxe intérieure de consommation sur la demande des produits alcoolisés.
Face à cette situation, le management de la société a arrêté une stratégie visant à contenir la baisse des volumes d’activité, voire renouer avec une croissance significative et par là même garantir une rentabilité normale des ressources mises en œuvre. Trois axes ont été retenus à cette fin: une politique commerciale et marketing plus percutante pour recouvrer les volumes de vente perdus ces dernières années. La diversification de l’offre de la société sur le marché local en développant d’autres produits non alcoolises, notamment l’eau de source ou minérale, la bière sans alcool et/ou les boissons à base de malt et éventuellement l’huile d’olive conditionnée. Une plus grande ouverture sur l’international, particulièrement en développant l’export de la bière sans alcool au Moyen-Orient, des niches de la bière alcoolisée dans d’autres régions, l’exportation du vin conditionné et l’huile d’olive en bouteilles.
En tous cas, le fait qu’une entreprise se retire de la cote pour mieux rebondir s’avère être une bonne stratégie. Cela rappelle l’exemple de Renault Trucks l’année dernière. D’autres entreprises qui sont quasi inactives sur le marché boursier doivent peut-être s’en inspirer…