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L’industrie se consolide

Dossier décembre 2012

L’industrie se consolide

Hamid Benbrahim Andaloussi, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), revient sur le bilan de la première phase de développement qu’a connue le secteur et conforte les perspectives d’avenir.

Quel bilan peut-on établir des dix premières années de l’industrie aéronautique au Maroc ?
En moins d’une décennie, le Royaume a fait montre d’une capacité d’accueil et de développement d’une base aéronautique qualitative et la plus compétitive dans le prolongement de l’Europe. Avec une centaine de sociétés, l’industrie embauche 10.000 personnes pour un montant annuel d’un milliard de dollars à l’export. Nous sommes en présence d’une véritable supply chain qui place le Maroc sur la carte mondiale de la construction aéronautique et c’est dans cette optique que des acteurs lourds décident de s’y installer.

Quels atouts l’industrie aéronautique marocaine offre-t-elle à ces industriels ?
Par les pôles de compétitivité qu’il présente, le Maroc développe un certain savoir-faire qui, au-delà du coût de la main-d’œuvre, permet aux entreprises de profiter d’une expertise technique reconnue, d’une réactivité et d’une flexibilité acquises. Ses trois atouts majeurs sont la qualité de ses ressources, des infrastructures mises en place avec la coordination des pouvoirs publics ainsi qu’une communication réussie.

Quel rôle joue l’Etat dans le développement du secteur de l’aéronautique ?
L’industrie aéronautique au Maroc est une véritable success story, à la quintessence de la technologie, qui n’aurait jamais réussi à attirer les industriels internationaux sans une véritable stratégie partagée entre l’Etat et les acteurs privés. C’est une belle illustration du partenariat public-privé dans lequel s’engagent les pouvoirs publics marocains.

Quelles sont les perspectives d’avenir de ce secteur ?
Nous avons réussi le décollage de l’industrie aéronautique et nous entamons une deuxième phase, pour laquelle l’objectif est de profiter de l’opportunité qu’offrent les années 2013 à 2018. En effet, le Maroc est prêt à soutenir le fort besoin de capacité additionnelle en termes d’offre territoriale, de formation et de communication. Comme partout ailleurs, il reste des choses à faire: il faut aller plus vite, plus loin, avoir plus d’ambition et viser de nouveaux marchés, notamment les Etats-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni et le Japon. Il faut renforcer le partenariat public-privé et accroître la compatibilité culturelle entre l’exigence du secteur et la réponse de l’Etat, notamment en rendant plus rapides les démarches administratives et l’accès au financement des PME. Nous sommes dans une logique de colocalisation compétitive.

L’Europe n’est-elle pas en train de délocaliser son industrie aéronautique au Maroc ?
Nous ne sommes pas dans un paradigme de délocalisation puisque les entreprises qui s’installent au Maroc ne ferment pas leurs usines en Europe. Dans l’aéronautique, les sociétés qui n’arrivent pas à faire face à l’exigence des donneurs d’ordre de baisser les prix, s’implantent au Maroc pour produire une partie de son activité seulement tout en continuant à embaucher en France, ce qui leur permet d’obtenir une compétitivité qu’elles ne pouvaient pas atteindre avec des références européennes en termes de coût. Pour autant, nous ne sommes pas dans du bas coût. Le Maroc n’est pas un atelier déporté pour l’Europe.

Le Maroc est à l’aéronautique européenne ce que le Mexique est aux Etats-Unis. Est-on prêt à sortir de cette dichotomie ?
La Chine a de grandes ambitions dans le domaine aéronautique. Actuellement, elle est en train de lancer un avion moyen courrier, le COMAC C919, afin de concurrencer les familles Airbus 320 et Boeing 737. Néanmoins, cet avion requiert des composants fabriqués par Snecma du Groupe Safran ou General Electric et donc l’industrie aéronautique chinoise n’est pas encore en mesure d’être autonome. Quand bien même arriverait-elle à un niveau technologique semblable à celui de l’Europe ou des Etats-Unis, ceux-ci maintiendront toujours une longueur d’avance. Cela dit, le centre de gravité de la construction aéronautique mondiale se déplace vers l’Est. Il y a dix ans, l’Europe et les Etats-Unis représentaient 70% de la demande ; dans une décennie, leur part se réduira à moins d’un tiers, face aux BRICS, au Sud-est asiatique et aux pays du Golfe.