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Le Maroc mise sur la formation de ses techniciens

Dossier décembre 2012

Le Maroc mise sur la formation de ses techniciens

Si le Maroc n’offrait pas aux grands industriels mondiaux une main-d’œuvre de qualité, le secteur aéronautique n’aurait certainement pas connu un tel développement. C’est essentiellement à travers l’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA) que les pouvoirs publics, en collaboration avec le GIMAS, compte assurer une formation de qualité à ses techniciens pour répondre aux besoins du secteur.

Qui sont ces Marocains qui travaillent dans l’aéronautique? Avec une moyenne d’âge de trente ans, ce sont donc essentiellement des jeunes techniciens, qui souhaitent faire carrière sans crainte d’avenir. Ils viennent principalement de la région du Grand Casablanca, Berrechid et Nouaceur en tête. Une formation en entreprise a complété leur BTS, la plupart du temps exigée par les industriels.
Aircelle Maroc illustre parfaitement le schéma des ressources humaines à Nouaceur, puisque le constructeur compte 513 salariés auxquels s’ajoutent treize intérimaires, tous Marocains. L’entreprise ne compte que trois expatriés français : le directeur général, le directeur de production ainsi que le responsable des méthodes. Sur l’ensemble des salariés, les femmes comptent pour 1/5, essentiellement dans les composites et les services support. Ne serait-ce que dans les ateliers, l’usine compte plus de 380 opérateurs. Et l’âge moyen de la maison est de 31 ans, avec une ancienneté moyenne de trois ans et trois mois, un chiffre correct pour une entreprise âgée à peine de sept ans. Aircelle Maroc compte un turnover annuel de 4.5% auxquels s’ajoutent les périodes d’essais non renouvelées et les licenciements sans dépasser 6,5%. Quant au comité de direction, il compte cinq femmes et trois hommes. Le directeur général n’hésite pas à relever non sans humour: «En France on parle de parité, au Maroc on la fait. 60% du Comité de Direction d’Aircelle Maroc est féminin».
Le Maroc a donc une main-d’œuvre peu coûteuse, jeune et surtout bien formée, et cette exigence a été posée dès le début par les industriels qui ont tout de suite intégré la formation de leurs techniciens. Pour autant, ce sont bien des industriels et non des formateurs. D’où l’initiative de mettre en place un institut de formation au sein même de Nouaceur, pour répondre directement à leurs besoins. Menée par le Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (GIMAS), que préside Hamid Benbrahim Andaloussi, elle a débouché à la création de l’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA), fleuron de la formation au niveau du secteur.

L’existence de l’institut de formation est l’une des raisons qui a conforté Bombardier dans sa décision de s’installer au Maroc

L’IMA pour garantir la formation
L’IMA a été créé par et pour les entreprises. Sans surprise, son actionnaire majoritaire n’est autre que le GIMAS. C’est encore une formation jeune puisque la première promotion a été lancée le 4 avril 2011 sur cinq filières spécialisées: la chaudronnerie aéronautique, l’ajustage, montage et structures, les composites, les systèmes électriques, et enfin l’usinage et la commande numérique. Le directeur général de l’institut, Abdelbasset Bentoumi, explique que l’IMA a été créé «pour répondre aux besoins et demandes des entreprises installées au Maroc ainsi que des nouveaux investisseurs; l’objectif est de qualifier une main-d’œuvre directe».
L’Institut travaille principalement avec plus de trente-cinq entreprises aéronautiques. Le rôle de la France dans sa création a été crucial, puisque sa conception a été initiée par l’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM), qui a également prodigué une assistance technique aux formateurs de l’Institut. Ceux-ci, en général des industriels du secteur comptant entre 10 et 15 années d’expérience, ont ainsi bénéficié des aspects pédagogiques indispensables à leur qualité de formateurs.
L’Institut compte également un pôle de management, souvent sollicité par les industriels pour les postes à responsabilité. Outre la formation qualifiante, suivie par les stagiaires durant 6 à 11 mois en alternance entre l’IMA et l’entreprise, les techniciens peuvent également suivre une formation spécifique ou encore continue.
Pour le moment, l’enseignement prodigué par l’Institut des Métiers de l’Aéronautique est gratuit pour les stagiaires et les entreprises, sauf pour ce qui est des formations spécifiques. Car l’IMA est actuellement financé par une subvention d’équilibre de l’Etat. «Les stagiaires ne paient pas leur formation parce qu’on crée des emplois», rappelle Bentoumi.
Quid de la qualité de la formation à l’IMA? Son directeur explique qu’elle est à la fois théorique et pratique, ce qui permet au stagiaire de comprendre le pourquoi de la chose. «C’est un centre de formation et d’éducation. Nous initions les stagiaires au règlement intérieur de l’entreprise, aux bases de son fonctionnement». Une méthode qui ne semble pas déplaire aux industriels interrogés, tout au contraire. L’un d’eux rappelle que l’existence de l’IMA est une des raisons qui a conforté Bombardier dans sa décision de s’installer au Maroc. Pour l’heure, l’IMA a formé 550 stagiaires avec une prévision de 800 pour l’année prochaine.

La nécessité de répondre aux besoins RH
Sans nul doute que la création de l’IMA a participé au développement du secteur et permet de soutenir sa croissance. Elle attire également de nouveaux investisseurs, rappelle Alexandre Brun, directeur général de SMES, dont les contre-maîtres ont été formés à l’Institut. En tout cas, les entreprises ne peuvent pas répondre elles-mêmes aux exigences de formation qualifiante, puisqu’il demeure difficile d’intégrer 4 à 6 mois de formation dans leur chaîne de production.
S’ils saluent la création de l’IMA, conçu à leur service, les industriels aéronautique installés à Nouaceur garantissent, au final, le niveau qualitatif qu’ils recherchent dans leurs propres usines. L’IMA est à la fois le fruit d’un partenariat public-privé, et d’un partenariat franco-marocain, résume son directeur général. C’est en tout cas un cocktail réussi pour répondre à la forte demande des entreprises, qui ne peut aller qu’en grandissant.
L’IMA, c’est au final une garantie de maintenir le Maroc à niveau, qui est profitable autant pour l’Etat que pour les entreprises étrangères. Surtout que celles-ci forment majoritairement des Marocains, ce qui ne peut que drainer une main-d’œuvre de qualité pour les années à venir. Le président du GIMAS n’hésite pas à rappeler que «Nous ne sommes pas dans le paradigme de la délocalisation, nous sommes dans des centres d’excellence, du même niveau qualitatif que l’Europe et les Etats-Unis». C’est en tout cas le pari lancé avec l’IMA, qui présage un bel avenir à l’aéronautique marocain.