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Décollage réussi pour Nouaceur

Dossier décembre 2012

Décollage réussi pour Nouaceur

En dix ans, le Maroc a réussi à se placer en tant que hub en plein essor sur la scène aéronautique internationale. En attirant les grands constructeurs et en mettant à leur disposition une main-d’œuvre peu coûteuse et bien formée, les pouvoirs publics réussissent à faire en sorte que le Maroc devienne pour l’Europe ce que le Mexique est aux Etats-Unis. On parle de colocalisation et non de délocalisation.

«Que cherchez-vous à Nouaceur?», interroge, l’œil inquisiteur, un agent du service des badges de l’aéroport Mohammed V avant de confisquer les pièces d’identité. On se demande ce que l’usine SMES a bien à cacher dans la zone franche pour profiter d’une si grande discrétion. Ce fabricant de moteurs Airbus et Boeing, né d’un partenariat entre Royal Air Maroc et Snecma, une des grandes filiales du groupe aéronautique français Safran, est installé depuis  une dizaine d’années au Maroc. A l’intérieur, il n’est pas une porte à laquelle il ne faut pas présenter son badge; il n’est pas un instant où l’on demeure seul, et la visite se fera avec le directeur général, ou ne se fera pas.
Alexandre Brun n’est pas avare de compliments sur l’usine qu’il dirige. SMES fait partie des premières entreprises à s’être installées au Maroc, et c’est un choix amplement justifié. «Le Maroc est attrayant par la technicité et la flexibilité qu’il offre, ainsi qu’un niveau de qualité très satisfaisant», explique-t-il, tandis que les techniciens redoublent de concentration en maniant leurs outils devant un réacteur géant désossé. Tout est sécurisé, précis. On ne badine pas avec la haute technologie.
A quelques centaines de mètres de l’aéroport, la technopole de Nouaceur affiche sobrement les devantures de ses usines. Le groupe Safran y est présent en masse et on le découvre assez vite en visitant Aircelle Maroc, spécialisé dans la construction des nacelles recouvrant les moteurs d’avion. Benoît Martin-Laprade, son directeur général, présente le bilan de son entreprise: «Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 75 millions d’euros en 2011, et prévoyons de dépasser les 95 millions d’euros pour l’année en cours». En sept ans d’existence au Maroc, Aircelle a réussi à y regrouper presque toutes ses activités, autrefois dispatchées entre la France et l’Angleterre, et compte bien sur l’année 2013 pour fabriquer une nacelle complète sur le site marocain. Un développement peu étonnant au regard des avantages qu’offre le Royaume.
Non loin de là s’est établi en 2005 la filiale d’un autre groupe aéronautique de l’Hexagone, le Piston Français: SERMP, qui s’étale sur 3.300 m² et est spécialisé dans l’usinage. L’entreprise collabore, entre autres, avec ses voisins SMES et Aircelle, mais elle compte également parmi son portefeuille clients Goodrich ainsi que celui dont l’arrivée est attendue par tous, le géant canadien Bombardier, troisième employeur et vendeur aéronautique après Boeing et Airbus, et quatrième en production annuelle d’avions commerciaux.

La création de la technopole de Nouaceur répond à une exigence étatique de faire du Maroc un hub africain

L’aéronautique investit au Maroc
La présence en force des industriels aéronautiques européens n’est pas un hasard. La création même de la technopole de Nouaceur répond à une exigence étatique de faire du Maroc un hub africain. Bien que le secteur ait quelque peu souffert de la crise mondiale en 2008 et 2009, il affiche aujourd’hui une croissance remarquable.
Et pour cause: le Maroc est en train de se positionner sur la scène aéronautique mondiale en réponse à une forte demande en provenance de l’Asie. Si les Etats-Unis ont choisi le Mexique pour partager leur production, l’Europe a opté pour le Maroc. «Notre choix s’est naturellement porté sur le Royaume d’abord parce que nous n’arrivions pas en terre inconnue, le groupe Safran y étant déjà installé. Nous étions en quête d’une zone lowcost pour redonner de la compétitivité à nos produits. Surtout, c’est l’avantage de la proximité qui nous a attirés : nous sommes à deux heures de Toulouse et trois heures de Paris. Le fuseau horaire et la langue ont également joué en faveur du Maroc. C’est un secteur compétitif, à portée de main et dans lequel nous avons à notre disposition une formation structurée», explique Martin-Laprade.
L’industriel refuse pour autant de parler de délocalisation. «Nous sommes dans un schéma de colocalisation puisque nous conservons une partie de notre production en Europe sur nos sites historiques qui continuent à embaucher».
Le développement du secteur s’annonce de bon augure, ce que confirme l’installation de Bombardier à Nouaceur qui, il y a dix ans, comptait six industriels. Aujourd’hui, ils sont 106, dont 90% français, qui emploient 10.000 salariés et portent leur chiffre d’affaires à l’exportation à 1 milliard de dollars. L’arrivée du groupe canadien prévue pour janvier 2012 drainera 850 emplois directs et 4.000 indirects. Elle aura également pour conséquence collatérale d’attirer de nombreuses PME et les industriels déjà installés à Nouaceur font tous de la place pour leur client. En tout cas, les pouvoirs publics ont bien compris l’importance du secteur, vraie locomotive de l’essor économique national. Il n’y a qu’à voir tous les efforts fournis pour son développement.

Le Maroc investit dans l’aéronautique
On ne peut pas douter du rôle majeur joué par l’Etat marocain pour dynamiser le secteur aéronautique. Alexandre Brun, DG de SMES, n’hésite pas à rappeler que la création de zones franches relève d’une volonté étatique: «Les pouvoirs publics ont menés un certain nombre d’actions, notamment l’Office des Changes et le Trésor, qui facilitent notre activité au quotidien».
L’avantage fiscal dont bénéficient les industriels installés à Nouaceur a également joué en faveur de leur installation, puisqu’ils profitent d’une exonération pendant cinq ans ainsi que d’un taux préférentiel de l’IS sur une période de vingt ans. Et Martin-Laprade de rappeler que sans les facilités administratives initiées par l’Etat, il n’aurait pas été capable de doubler la superficie d’Aircelle Maroc en seulement sept mois. «C’est une politique claire de déploiement de l’aéronautique, affichée dans le plan Emergence, qui encourage et rend plus rapide le développement de nos activités», confirme-t-il.
La création de Midparc, actuellement en cours de construction, en est l’exemple illustre. La zone franche dédiée principalement à l’aéronautique et s’étalant sur 125 hectares a vu sa première phase lancée, qui devrait être achevée au courant de juin 2013. Chakib Khalifa, directeur général délégué de Midparc, explique qu’une bonne vingtaine d’industriels s’intéressent de près à la zone franche, qui accueillera notamment le site de Bombardier. Celui-ci y a en effet signé en juin dernier une promesse de vente d’un terrain. Parmi ses actionnaires, Midparc compte Medz, filiale de la CDG, et Khalifa n’hésite pas à rappeler que celle-ci «participe très activement au développement de la zone franche, qui entre dans le cadre de la vision de métiers mondiaux du Maroc, chère aux pouvoirs publics. Le fait que l’Etat participe au tour de table de Midparc, mais également à travers l’Agence Marocaine de Développement des Investissements (AMDI) ou encore Maroc Export démontre d’une réelle volonté d’améliorer la qualité de la zone franche». Faut-il rappeler que le fonds Hassan II contribue à hauteur de 10% aux investissements moyens des entreprises. Et Brun d’ajouter: «Nous sommes en présence d’un marché qui va encore croître pendant un certain nombre d’années, et c’est pour cela que le Maroc doit rester présent et garder l’avance qu’il a par rapport à d’autres pays du Maghreb et du pourtour méditerranéen. L’aéronautique est une excellente carte à jouer».
Ce qui est sûr, c’est que l’Etat marocain a compris que l’une des conditions sine qua none du développement du secteur aéronautique est de prodiguer aux industriels étrangers une main-d’œuvre bien formée.